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Rencontres et visite à Silwan : quelques mots sur le processus de colonisation à Jérusalem-Est

Publié le samedi 11 janvier 2014

Visite de Silwan et rencontre avec l’association Wadi Hilweh Information Center

Ce texte fait suite à la visite du village palestinien Silwan, situé à deux pas de la vieille ville de Jérusalem.. Il a été écrit 10 jours après la visite, et s’appuie donc sur des souvenirs. Il n’a pas pour but d’être objectif, et relate ce que j’ai compris de la situation. Il contient donc sûrement des inexactitudes. Il est écrit avec l’émotion à la fois vécue sur moment, ajoutée à l’état dans lequel je me sens au retour de cette délégation.

Nous sommes le 27 décembre 2013, c’est la deuxième journée pour moi et 4 autres personnes de cette délégation en Palestine. Cet après-midi nous partons pour Silwan, un quartier palestinien de Jérusalem-Est, très proche de la vieille ville, occupé et annexé par Israël en 1967. Les colons israélieNEs ont pour objectif de faire de cet ancien village palestinien un quartier de Jérusalem à majorité juive (enjeux fort dans le processus de colonisation de Jérusalem-Est). Nous allons y rencontrer une association (Wadi Hilweh Information Center) qui nous fera visiter une partie du village, racontera son histoire et nous parlera de ses actions en direction des enfants.

La sortie de la vieille ville et le passage par le mur des lamentations

Pour sortir de la vieille ville, passage par le mur des lamentations.
Comme nous sommes occidentaux et ressemblons à des touristes, c’est le chemin le plus rapide. Il nous suffit de passer le portique de sécurité (rayons X pour les affaires, détecteur de métaux pour les personnes), c’est à peine si les militaires et gardes arméEs présentEs nous prêtent attention. Je doute que cela se passe de la même manière pour les PalestinienNes.

C’est bientôt le début du chabbat, la place est noire de monde, beaucoup de personnes qui prient et beaucoup de touristes. Énormément de t-shirt, casquettes et drapeaux à l’effigie d’Israël. Il y a beaucoup plus de militaires que la veille, une partie d’entre elles/eux transporte des équipements anti-émeute. Ici et là des groupes de personnes (des touristes ? Des IsraëlienNes ?) discutent et rient avec elles/eux. L’endroit est plus qu’oppressant. La présence militaire ne semble pas affecter grand monde, sans doute que comme ailleurs la phrase « c’est pour votre propre sécurité » est acceptée et admise. Je monte en pression, j’ai envie de quitter cet endroit le plus vite possible mais la sortie se fait par un portillon, unE par unE, il faudra attendre un peu.

Les fouilles archéologiques, un outil du processus de colonisation

Une fois quittée la place, nous voilà aux pieds des remparts de la vieille ville. Direction Silwan, à quelques centaines de mètres. Nous n’avons pas fait 20 mètres que nous croisons un chantier, entouré de palissades où figurent des publicités à destination des touristes. Il s’agit en fait de fouilles archéologiques menées par Israël, les plus importantes du territoire, sur l’emplacement où se seraient trouvée la cité du roi David. Le site a été déclaré parc national (parc national de la cité de David), encore une façon pour Israël de légitimer la confiscation de l’espace. Ici comme dans bien d’autres endroits, l’archéologie sert les intérêts des dominantEs. À Silwan, les fouilles permettent des expropriations, des démolitions de maisons, de réserver des terrains pour des projets futurs (sites touristiques, parkings, projets immobiliers...). Ces fouilles permettent aussi de réinventer l’Histoire du territoire, en ne conservant que ce qui est intéressant pour Israël et tentent ainsi de rendre légitime la colonisation. À Silwan, toujours, des associassions de colons s’organisent pour trouver de nouveaux lieux de fouilles, pour accélérer le processus de colonisation.

Rencontre avec l’association Wadi Hilweh Information Center

Nous longeons les palissades et tournons au coin de la rue, nous arrivons à Silwan. Militaires encore en nombre important, illes protègent les fouilles. L’association que nous allons rencontrer est à deux pas, nous y entrons. Cette association travaille avec les enfants de Silwan, et mène notamment des projets autour de la répression qu’illes subissent. Nous sommes accueillis par J. qui nous propose de regarder une vidéo puis de partir visiter la ville. Le film que nous regardons raconte le traitement qui est fait par les colons, la police et l’armée israélienne aux enfants de Silwan et les conséquences que cela à sur leur développement.

La répression à l’encontre des enfants et des jeunes

Silwan est un village en lutte. Les enfants y participent et la répression israëlienne les vise de manière particulièrement violente. Régulièrement, des enfants sont enlevéEs, dans la rue ou chez elles/eux, de jour comme de nuit. Illes sont interrogéEs par une section spéciale de la police appelée « room n°4 » et il n’est pas rare qu’illes avouent des faits bien souvent inventés par la police.... Les images du film sont impressionnantes : village attaqué par l’armée israélienne et les colons, enfant qui se fait renverser par une voiture de colons, enlèvements d’enfants par l’armée et des civils cagoulés... Le film est trash. Les images et les témoignages remuent. Ça donne envie de tout péter, de crier, de vomir...

Ici, comme dans d’autres endroits en Palestine, Israël s’en prend aux enfants et aux adolescentEs. Sûrement, notamment, pour essayer de casser toute intention de révolte. Je n’ai pas noté les chiffres donnés par l’association [1], mais la plupart des enfants de ce quartier ont été arrêtéEs et/ou enlevéEs au moins une fois. À chaque fois illes ont été battuEs par la police Israélienne. J. nous dit qu’Israël a signé la Convention internationale des droits de l’enfant, mais n’applique pas ses dispositions aux enfants PalestinienNEs. Les enfants sont donc enlevéEs, interrogéEs sans la présence de leurs parents, maintenuEs en gardes à vue plusieurs jours, condamnéEs à des peines de prison sur la base d’aveux signés sous la menace...

Le projet room n°4

À la fin du film, nous échangeons sur ce que nous venons de voir et J. nous présente le projet Room N°4 (expo + site internet : www.roomno4.org ayant pour objectif de sensibiliser à la question de la répression qui s’abat sur les enfants). Ils nous présente aussi le soutien juridique que l’association a mis en place : trouver et envoyer des avocatEs, accueillir les enfants après leur détention, recueillir des témoignages, récupérer les dossiers d’enquêtes après les arrestations, porter les affaires d’arrestations et d’enlèvements devant la justice, etc. Bien qu’illes ne pensent pas que la justice puissent être en faveur des PalestinienNEs, il leur semble que ce soutien juridique permet de limiter la casse : gardes à vue moins longues, moins d’aveux signés, peines de détention plus courtes, etc.

Visite de Silwan

Nous partons maintenant visiter une partie de Silwan. Quelques mètre après la sortie de l’association, une colonie : haut mur d’enceinte, barbelés, caméras, tour de garde, voitures avec grilles sur les vitres, milice armée... Non loin de là deux espaces grillagés, avec drapeaux israéliens et caméras : une ancienne maison palestinienne et l’ancien centre social, tous deux rasés par Israël, les terrains sont maintenant gérés par la municipalité de Jérusalem, impossible d’y reconstruire. La route que nous longeons mène aux fouilles et débouche non loin de la porte qui mène au mur des lamentations, l’enjeu pour Israël est de faire disparaître toute présence palestinienne ici, notamment pour faciliter l’accès aux colons et aux touristes. L’idée semble aussi être d’isoler ce village, pour tenter de briser la résistance de ses habitantEs.

Terrains confisqués à Silwan

Nous quittons cet axe pour entrer dans une partie du village (Wadi Hilwah il me semble). Nous allons visiter une maison, qui a été rachetée avec des fonds allemands et qui est en fin de rénovation. Cette maison accueille les activités de l’association : salle de musique, studio d’enregistrement, salle réservée aux femmes, atelier informatique, activités enfants, etc. La municipalité de Jérusalem a laissé faire l’achat de cette maison mais, quelques jours après, le bâtiment qui abritait le centre social a été rasé...

Suite de la visite, caméras partout. Les maisons des IsraélienNEs sont toutes équipées de plusieurs caméras IP (caméras reliées à un réseau informatique, voir à internet). Il est possible qu’une partie d’entre-elles constituent un réseau de caméras qui permettent une surveillance centralisée des maisons et des rues par la police ou des milices privées...

À chaque maison son histoire

La personne qui nous fait visiter nous raconte l’histoire de quelques maisons, notamment celle de sa grand-mère. Au décès de celle-ci, des personnes ont fait signer des papiers à la famille, arguant que c’était le seul moyen de protéger la maison. Quelques temps plus tard là maison était vendue aux colons... Elle appartient maintenant à des IsraélienNEs.

Les colons usent de divers moyens pour s’approprier les maisons palestiniennes. On a déjà vu que les fouilles archéologiques leur permettaient de récupérer des terrains, à cela on peut ajouter : la loi des absents, les faux titres de propriétés, le fait d’avoir un membre de la famille qui habite de l’autre côté du mur... Un autre des moyens courant est d’occuper une maison lorsque ses habitantEs ne sont pas là. Seules les habitantEs qui possèdent un titre de propriété (ce qui n’est pas le cas pour touTEs les PalestinienNEs), peuvent saisir le tribunal. La procédure dure au minimum 4 ans, et elle ne débouche jamais sur la restitution de la maison aux PalestinienNEs. Il est inutile de préciser ce qu’il se passerait si des PalestinienNEs occupaient une maison appartenant à des colons (il y a pourtant en Palestine des tas de maisons vides, achetées par des sionistes habitant aux en Europe ou aux USA par exemple).

Avant-dernier arrêt de la visite, une grande maison, ancien centre de soins, occupée par des colons. Une famille palestinienne y habite encore, elle résiste en refusant de quitter l’endroit. La personne qui nous fait visiter nous explique comme il est compliqué de rendre visite à cette famille, car l’entrée est sous surveillance (interphone avec caméra) et filtrée.

Le dernier arrêt se fera devant une vallée en contrebas du Mont des Oliviers. J. nous montre un cimetière juif. Les tombes sont vides, les stèles ont été apportées par les IsraélienNEs mais illes disent qu’il s’agit d’un ancien cimetière juif. C’est encore une façon à la fois de réinventer l’histoire et de la manipuler afin de s’approprier toujours plus d’espaces.

Retour à la vieille ville

La visite se termine, on remercie, on s’échange les contacts pour des projets communs et on reprend notre route vers la vieille ville de Jérusalem. Notre accompagnateur est parti, nous longeons à nouveau la route qui mène aux fouilles. Les enfants nous regardent, les adultes se demandent ce qu’on fait là. Moi, je me sens mal et je me demande s’illes nous prennent pour une bande de colons. Du coup, je n’ose pas dire bonjour, je baisse les yeux. La colère continue de monter, monde de merde...

On arrive maintenant en bas des remparts. Clairement pas envie de repasser par le mur des lamentations et de voir toutes ces personnes qui prient (on s’approche encore plus de l’heure du chabbat) et ces touristes qui font semblant de rien. La colère continue à monter.

Une dame arrive, elle nous prend pour des touristes juifs/ves, c’est un peu la goutte d’eau qui na va pas tarder à faire déborder le vase.
On prend un temps en groupe pour organiser la suite de la journée. Une partie du groupe ira voir l’arrivée des croyantEs au mur à l’heure de la première prière du chabbat, d’autres préfèrent rentrer se poser sur le toît de l’hôtel. Rendez-vous est donné dans la soirée pour les retours des « groupes de vie de délégation ». C’est parti, le groupe se sépare.

On est quelques unEs à ne pas avoir envie de repasser par le mur des lamentations (encore moins après cette journée), on fait donc le tour des remparts pour trouver une autre porte. Sur un parking qui borde les remparts, des voitures de gardes armés. Certaines portent des traces de jets de peinture ou de pierres. C’est peut-être con à dire, mais ça fait du bien de voir ça.

Voiture de gardes arméEs près de Silwan

On continue notre route, et on entend des bruits de détonations. Deux mômes qui sont sur le trottoir d’en face s’arrêtent de marcher et rangent rapidement dans leurs poches ce qu’ils ont dans les mains. On entend des sirènes. Je commence à m’inquiéter. On décide d’aller voir si on voit quelque chose (on apperçoit un petit bout de Silwan depuis la route). Finalement, rien d’inquiétant à l’horizon, la sirène c’est une ambulance qui se dirige vers les remparts. Sûrement que l’ambiance de l’après-midi me met en situation de stress et que je m’inquiète pour rien. La colère continue à monter.

On s’arrête pour attendre deux copines de la délégation qui ne veulent pas non pus passer par le mur. On continue ensuite notre chemin en regardant le paysage sur la colline en face. C’est le Mont des Oliviers. Endroit touristique, comme la veille on se dit que tout est fait pour cacher l’occupation et la situation des PalestinienNEs. Les touristes se baladent, tranquillement, et sûrement qu’une bonne partie d’entre eux pense que la présence militaire et policière assure leur sécurité.

On finit par trouver une porte dans les remparts, c’est parti pour la traversée de la vieille ville. C’est blindé de monde, c’est l’heure de début du Chabat, des juifs/juives se rendent à la prière au mur des lamentations, marchant très vite dans les rues étroites , ne prêtant pas attention à ce qu’il se passe autour, bousculant les personnes qu’illes croisent. Peu à peu les rues de la vieille ville se remplissent de personnes en tenue d’ultra-orthodoxes convergeant toutes vers le mur, c’est assez impressionnant et, après la journée que l’on vient de passer, ça met plutôt mal à l’aise.

On arrive enfin à l’hôtel, on se pose, on boit un coup, on discute avant de se retrouver en « groupe de vie de délégation » pour se raconter comment on a vécu la journée, faire le bilan et envisager le lendemain.

A., le 7 janvier 2014

Notes

[1On peut retrouver ces chiffres dans l’article « Grandir à Silwan »

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