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« On est en Afrique ici, pas en Europe »

Publié le jeudi 6 mars 2014

La réponse à ma question est simple et rapide. Je venais de demander à un ami de Mashhed s’ils ne risquaient pas de confrontations en venant graffer un gigantesque mur blanc en plein centre de Gafsa en pleine journée. « La police, elle ne viendra jamais nous embêter, elle a peur des jeunes, ici ». Et, effectivement, à ce moment-là, les graffeurs s’activaient depuis déjà deux heures, et plusieurs patrouilles de polices avaient eu l’occasion de passer dans la rue sans s’intéresser à nous. Un inspecteur en civil viendra bien discuter une heure plus tard, mais sans empêcher ni même ralentir le travail. Mon ami m’explique qu’ils peignent régulièrement ce mur depuis deux ans, et que les autorités le repeignent en blanc tous les deux mois, comme si tout ça était très normal et logique.

Le mur sur lequel les artistes taggent est celui du lycée mixte de Gafsa. « Ce n’est pas possible d’étudier correctement dans ce lycée. Le lycée pilote a les bons professeurs et l’enseignement de qualité, mais celui-ci ne fonctionne pas ». Le lycée pilote est le lycée d’élite de Gafsa. La sélection se fait très tôt, en fonction des résultats à un concours. Les meilleurs élèves vont au lycée pilote, les autres vont derrière ce grand mur blanc.

« Notre graff dit ’Our moon is far from yours’ [’Notre lune est loin de la vôtre’], parce que nous voulons une autre vie, un autre monde », m’explique cet ami graffeur qui m’a invité ici. « Moi je suis allé au lycée pilote, mais les élèves que tu vois ici ne vont pas en cours, parce que ça ne leur sert à rien », dit-il en parlant des élèves posés sur la pelouse qui regardent les graffeurs, qui jouent de la musique et qui discutent tranquillement.

Tout part d’un mur blanc, et, petit à petit, des traits, des couleurs et des messages apparaissent. Les passants regardent, commentent, prennent des photos, s’arrêtent pour discuter parfois. Quelques heures après le début du travail, c’est tout un groupe qui s’est assemblé, avec guitares, derbouka et reprises de chants traditionnels. Plusieurs personnes s’essaient à la bombe, et un petit du quartier enchaîne les saltos avec assurance.

Je suis content d’être là, de regarder, de découvrir. Je parle parfois, à cheval entre l’arabe et le français, mais j’observe surtout. C’est vrai que ça ne ressemble pas à la France, mais d’une certaine manière, ça y ressemble tellement. Ici aussi, on part à l’assaut au ciel. Je n’ai pas fini de poser des questions ...

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