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Mdhila, voie sans issue.

Publié le jeudi 3 avril 2014

Aujourd’hui j’ai visité Mdhila. Une petite ville de 15000 habitants environ, à 14km au sud de Gafsa.
Plus on s’approche plus le décor est clair et trouble à la fois. Mdhila est un pôle important du bassin minier.
Grosses machines, installations et montagnes de trucs sont visibles à plusieurs kilomètres de l’entrée de la ville, de cette route droite qui traverse une steppe parsemée de buissons au ras du sol.
Juste avant l’entrée dans la ville, on passe devant le siège et l’usine du GCT, Groupe Chimique Tunisien. Des pancartes manuscrites trônent devant l’usine.

Mdhila.
Elle n’est pas bien grande et semble d’autant plus petite qu’elle est étriquée entre ces gros monstres d’industries de tous les côtés. Elle est même comme cernée, par le tapis roulant qui court autour de la ville, portant les matières d’un pôle à l’autre.

Et Mdhila c’est une ville sans suite, un cul de sac, une voix sans issue.
Gafsa, El Guettar et Mdhila forment un triangle d’une quinzaine de kilomètres entre chaque ville. Gafsa est reliée à El Guettar et à Mdhila par des routes. Mdhila et El Guettar sont reliées par « un chemin carrosable (praticabilité non assurée) - sentier », si je m’en réfère à la légende de ma carte, qui me semble bien résumer les mots des copains ici.
Et pourquoi la route s’arrête-t’elle à Mdhila ? Pourquoi ne continue-t-elle pas jusqu’à Tozeur, ville touristique qui plus est ? Il ne faudrait pas que trop de personnes passent à Mdhila et voient ce qui s’y passe, voient comment l’industrie pollue la vue, l’air, les sols, l’eau, et certains diront même, les mentalités.

La ville de Mdhila me fait penser à une ville fantôme d’un Lucky Luke … j’hésite encore avec l’impression d’être dans un décor pour le cinéma américain qui tournerait un film apocalyptique.
Ok, je pense que la tempête de sable d’aujourd’hui accentue ce côté « fin du monde au bout du monde ». Surtout qu’à Mdhila, très rares sont les maisons avec étages et il y a de grands espaces vides dans la ville, au bonheur des chèvres … de fait, vent et sable et toute matière potentiellement volante, s’en donnent à cœur joie. Le ciel est d’un gris indescriptible et pesant. Les rues vides et la silhouette des usines voisines dans la tempête donnent une plus valu au coté irréel de Mdhila.

Les jeunes ne restent pas à Mdhila. Ceux qui peuvent, qui ont des opportunités ailleurs ou qui parviennent à s’en créer, partent tenter leur chance ailleurs. On me dit qu’ici, il n’y a pas de vie associative, rien pour les jeunes ou juste pas de dynamique de société civile. Il semblerait qu’ici ca soit chacun-e pour soi, les gens ne se révoltent que lorsqu’il-elles ont vraiment faim, me dit-on.
La ville est habitée par plusieurs grandes familles, et chacune a sa couleur politique ce qui créée des enjeux de pouvoirs, des tensions, voir même bien plus rarement, des affrontements violents.

Mdhila c’est une rue principale, et des quartiers autour.
Et au milieu de Mdhila, de ses maisons aux toits plats, on tombe sur « le village ». Le village, c’est le quartier d’habitation des français à l’époque de la colonisation. Des propriétés avec jardins généralement, et des toits en brique, pointus. (Ca me semble alors intemporel et universel cette typologie de maison pour le colon. ) Elles sont habitées par de riches familles, plutôt amies de Ben Ali, si j’ai bien compris.

Dans Mdhila on trouve deux carrés d’herbe verte parsemés d’arbre et fleurs aux couleurs qui dénotent avec celles des arbres gris du reste de la ville. Ils sont dans le jardin de l’administration de la Compagnie de Phosphate de Gafsa, la CPG (brulée pendant la Révolution), et dans celui de la mairie.

Ces batiments sont en vis-à-vis de « l’école primaire », elle aussi, reste de la colonisation. Elle est vide, les locaux sont inutilisés et la coure et ses jeux non plus. De la même manière qu’on trouve des hangars aujourd’hui inutilisés mais appartenant à la CPG, dans le centre ville.

L’industrie du phosphate à Mdhila aujourd’hui, c’est un complexe d’extraction et de traitement par la CPG et le GCT , entreprises nationales dirigées par un même PDG. On compte cinq centres d’extraction dans le bassin minier de Gafsa et la transformation se fait dans les usines des zones industrialo-portuaires de Sphax, Gabès et Skhira. Mais la particularité de Mdhila, c’est qu’on y exrait la matière et on la traite sur place. Dommage qu’il n’y ait pas de port pour l’exportation …

De chaque côté de Mdhila on voit deux espèces de montagnes artificielles qui cassent la steppe. La première serait faite d’un monticule de déchets liés à l’extraction, et en son sein seraient déversés les déchets et résidus chimiques liés à la transformation du phosphate. Faute d’être en bord de mer, le GCT se doit d’être inventif pour faire disparaître une partie de sa pollution sous terre.
La seconde serait une montagne de matières extraites par la CPG. Chacun sa montagne.

Et parce qu’il faut voir les choses en grand, le GCT projette l’ouverture d’un Mdhila 2, avec un nouveau groupement chimique. Les ouvriers de Mdhila 1 protestent, d’où les panneaux le long de l’usine. Mais ca n’est pas contre l’ouverture de Mdhila 2 qu’ils luttent, mais pour l’attribution des emplois créés. Ils seraient promis à des personnes déjà choisies, pas qualifiées, mais connaîtraient les bonnes personnes, tout simplement.

Mdhila.

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