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Esquisse d’une définition

Publié le vendredi 20 juin 2014

Palestine.

Ce nom propre évoque quelque chose à tout le monde, chacun y allant de ses propres constructions pour se forger un avis sur un simple mot, lancé en l’air. Une définition ? Non Madame, ça me parait impossible. Palestine, et c’est tout. Rien de plus pour étoffer ce mot trop lourd d’images, d’idées reçues, de préjugés, de croyances, de certitudes.

Chaque adjectif, chaque complément au mot Palestine va venir éclairer sur le parti pris de la personne qui l’emploi. Peu importe, j’assume le mien de parti pris. La Palestine, ce beau pays étouffé par la chaleur du moyen orient, et par l’omniprésence d’une haine extérieure trop peu dissimulée.

J’y suis depuis presque un mois déjà, dans le cadre d’un échange. J’ai eu la chance de voyager à travers la Cisjordanie, et de rencontrer des Palestiniens (et pas des Cisjordaniens), c’est-à-dire des habitants de la Palestine. Parce que, avant que les grandes puissances mondiales ne se décident sur la question « de la création d’un Etat Palestinien », il faut rappeler que des hommes, des femmes et des enfants vivent sur cette terre depuis des siècles, et qu’on les appelle depuis fort longtemps déjà, des Palestiniens. Autrefois sous occupation Britannique, comme l’Algérie a pu être sous celle de la France, aujourd’hui sous contrôle Israélien, auto décrété seul pays légitime sur cette terre. La politique sioniste explique que la terre sainte, la terre de Palestine, est réservé aux « Juifs », par Dieu.

Loin de moi l’idée de critiquer une religion. Ce qu’il faut comprendre je crois, c’est l’amalgame qu’a réussi à créer l’Etat d’Israël, en mixant habilement politique, volonté de conquête et religion. Sous couvert d’un conflit religieux, ils ont réussi à convaincre l’opinion publique internationale que les Arabes de Palestine ne pouvaient pas vivre avec les Juifs, et qu’il fallait donc créer un état réservé aux Juifs, et se protéger des Arabes, à n’importe quel prix (en construisant un mur de 700 kilomètres, en occupant la Cisjordanie, en pouvant incarcérer n’importe quel palestinien dans des prisons israéliennes…).
C’est comme si, depuis des dizaines d’années maintenant, les Palestiniens faisaient les frais d’une volonté internationale de faire oublier l’holocauste.
Bref ne rentrons pas dans la politique, cela prendrait trop de temps.

La première chose que j’ai apprise ici, c’est que les mots ont une importance particulière. Le vocabulaire utilisé, les définitions qu’on se fait des mots qui nous servent pour parler de la situation, tout ça a trop d’impact pour qu’on les manipule à la légère. Ici, on ne dit pas Israël, on dit territoire de 1948 (autrement dit, on parle des terres conquises ou offertes à l’Etat sioniste en 1948, qui font partie des frontières palestiniennes originelles). Dire Israël reviendrait à admettre que tout est normal. On ne dit pas Cisjordanien, on dit Palestinien.

On ne dit pas Juif non plus, on dit sioniste. Parce que, contrairement aux aprioris, les Palestiniens ne mélangent pas tout. Tous ceux avec qui j’ai discuté en veulent aux sionistes, ces conquérants envahissants, et non aux Juifs. Le sionisme, c’est une idéologie politique, et cela ne concerne en rien la religion. Alors il faut faire attention aux mots que l’on emploie, à commencer par cette distinction importante entre juif et sioniste, entre antisémite et antisioniste. Se révolter contre l’idéologie politique prônée par le Front National est du même acabit que de critiquer le sionisme. En tout cas sur le papier. Puissante machine à influencer l’inconscient collectif, le sionisme a réussi à brouiller les pistes, et chaque critique envers l’Etat d’Israël doit être hautement maitrisée pour éviter les mauvaises interprétations.

Il faut poser ses mots parfois, ou bien même les changer. C’est comme cette histoire qu’on entend souvent, qui parle « d’un conflit israélo-palestinien ». Ici, en Palestine, on ne dit pas tout ça, on ne raconte pas la même histoire. Il arrive même que les gens rient quand vous vous risquez à aborder le sujet. Parce que parler de conflit ça revient à émettre l’idée que, peut-être, il y aurait un rapport de force égal et que les deux camps se disputeraient un même gâteau sur lequel ils auraient tous deux jeté leurs dévolus. Il n’y a pas de conflit quand il y a annexion par une force militaire, soutenue par l’occident, d’une terre habitée par des enfants, des jeunes hommes diplômés, des vieux fatigués par le soleil, et par des femmes réservées. Il y a juste une occupation, et une résistance.

En parlant de résistance, c’est une bonne comparaison. La France a été envahie, contrôlée, piétinée librement par des forces armées étrangères. La France idolâtre aujourd’hui encore les résistants, les martyrs de la deuxième guerre mondiale, ceux-là qui tenaient le même discours que ces mecs que j’ai rencontré, à savoir qu’il faut se battre pour sa liberté, pour faire valoir ses droits, pour retrouver sa maison de laquelle tu as été mis dehors de force.

La résistance. En fonction de la perspective, cela peut être vu comme l’acte de bravoure suprême, ou comme une action terroriste. Il se passe le même dilemme en Syrie. En France on parle de résistance, et le gouvernement syrien parle de terroristes. Mais tout le monde parle des mêmes personnes. Etrange.

Quand avant j’entendais martyr, je pensais au mec un peu fou qui criait en arabe avant de tirer sur la languette de son explosif scotché à sa poitrine. Aujourd’hui, tout le monde me parle des martyrs : leurs frères, leurs amis d’enfances, leurs pères. Tous, ils se seraient tous fait sauter la cervelle pour faire du mal à des innocents ? Non, martyr se définit ici comme quelqu’un qui se serait fait tué par Israël. Point barre. Avoir un laxisme dans la définition des mots induit un pouvoir de moulage de l’histoire. L’ambiguïté possible dans la compréhension des histoires racontées joue en faveur de celui qui les raconte. Ou peut-être qu’il y a plusieurs vérités, en fonction du côté du mur où l’on se trouve.

A ceux qui auraient envie de me donner des intentions racistes, xénophobes, antisémites ou complotistes, je leur répondrais que je me permets seulement de critiquer les actions engendrées par des décisions politiques d’un gouvernement qui impose sa présence dans des territoires qui ne lui appartiennent pas, et que je m’inquiète du sort de mes nouveaux amis, qui doivent montrer leurs passeports en sortant de leur ville à des mecs plus jeunes qu’eux, casqués et armés, qui parlent une autre langue, et qui ont le pouvoir de les mettre en garde à vue pour 6 mois, sans avoir besoin (légalement) d’apporter un motif valable.

Et si ça ne suffit pas, je vous invite à venir passer du temps en « territoire de 1948 » et de passer par Hébron, Naplouse, Jéricho, Jenin et Jérusalem, pour vous faire votre propre opinion, et pour voir la différence. Qui sait, peut-être que ma vérité est fausse.

Nico

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