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Sur les événements en cours en Cisjordanie.

Publié le vendredi 4 juillet 2014

Le 12 juin, 3 colons israéliens ont disparu près d’Hébron en Cisjordanie. S’en est suivi une campagne médiatique et militaire de grande envergure de la part d’Israël dont l’objectif officiel était de retrouver les 3 jeunes en question. J’essaye ici d’en faire un large état des lieux, résultat de mon vécu, de mes lectures... et d’en faire une analyse personnelle.

Sur les faits

Depuis le jour de la disparition des trois colons, le gouvernement israélien a lancé sa campagne #BringBackOurBoys allant jusqu’à afficher ce slogan sur les bus qui traversent les routes de la Cisjordanie, comme si tout ce que cette campagne impliquait ne suffisait pas et qu’il fallait rappeler sa présence. Une campagne qui est en réalité une offensive militaire.

Les grandes villes de Cisjordanie et les camps de réfugiés ont été attaqués principalement de nuit par l’armée provoquant des affrontements entre jeunes et militaires à travers tout le territoire. Des dizaines de jeunes ont été blessés, 5 palestiniens sont décédés et plus de 400 ont été arrêtés. La plupart sans motif bien entendu, juste parce qu’ils sont militants politiques, parce qu’ils ont été libérés lors de l’accord « Shalit » ou simplement parce qu’ils sont jeunes.

Parfois ce sont par centaines, voire par milliers que les soldats sont intervenus, saccageant quelques maisons sur leur passage, effectuant quelques interpellations et poussant bien entendu les jeunes à répondre à coup de jets de pierres ou autres projectiles, bien souvent leur unique moyen de défense. Les checkpoints ont été renforcé, d’abord au sud puis dans toute la Cisjordanie. Les interventions se concluent régulièrement par des tirs à balles réelles sur les résistants palestiniens.

Le 30 juin, les corps des 3 colons ont été retrouvés dans un champ à proximité d’Hébron. Depuis, ce n’est plus seulement l’armée mais ce sont aussi les occupants qui agressent les palestiniens. A Jérusalem, un jeune palestinien a été tué après avoir été kidnappé par des Israéliens. Les affrontements opposent désormais les palestiniens à l’armée, aux colons et à la police.

Israël est le seul responsable de la situation

Si kidnapping il y a eu, il est à analyser dans son contexte et non pas comme un évènement isolé comme essaye de le faire le gouvernement israélien. Ce contexte, c’est bien celui d’une occupation et d’une pression permanente sur le peuple palestinien.

La Cisjordanie est un territoire entouré d’un mur de 10 mètres de haut quasiment infranchissable, la plupart des palestiniens de Cisjordanie n’ont même pas le droit de se rendre à Jérusalem qui est pourtant divisé entre une partie israélienne et une partie palestinienne selon les accords internationaux (dont on pense ce qu’on veut...). Dans bien des camps de réfugiés, les interventions de l’armée en période « calme » sont hebdomadaires. Israël y contrôle l’accès à l’eau, recense les militants politiques et exerce des pressions permanentes notamment à l’aide d’espions à sa solde. L’état sioniste a la possibilité selon ses lois de mettre en détention administrative n’importe quel palestinien, c’est-à-dire, de le mettre en prison pour une durée de 6 mois reconductible sans motif ni jugement.

La construction de colonies israéliennes sur le territoire palestinien est un autre élément à prendre en compte dans la situation. Peu avant la disparition des 3 colons, Israël venait d’annoncer la construction de 1500 nouveaux logements en Cisjordanie. Ces colonies habitées par des israéliens sont illégales du point de vue, encore une fois du droit international, mais pire que cela, elles justifient l’accaparation de ressources de la part d’Israël en Cisjordanie. L’eau mais aussi, une partie des terres cultivables.

C’est donc ce contexte qu’il faut comprendre pour interpréter le kidnapping (si kidnapping il y a eu) correctement. En réalité, au regard de la situation , le kidnapping est un moyen politique pour parvenir à des revendications. A titre d’exemple, en 2006, un soldat de Tsahal, Gilad Shalit, avait été kidnappé. Lors de sa libération, près d’un millier de prisonniers politiques ont été relâchés par Israël (une partie d’entre eux ont été de nouveau arrêté lors des évènements en cours).

Israël est donc l’unique responsable des tensions en Cisjordanie et des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza.

Tentative d’analyse

Il ne se passe jamais de nombreuses années entre deux offensives militaires israéliennes : opération « pluies d’été » en 2006, opération « plomb durci » en 2008-2009, opération « pilier de défense » en 2012. La disparition des 3 colons est un prétexte pour une démonstration de force en Cisjordanie.

Cette intervention militaire intervient après plus d’un mois de grève de la faim des prisonniers palestiniens et après l’annonce d’un gouvernement réunifiant le Hamas et le Fatah. Cette situation est particulièrement embarrassante pour Israël qui en profite pour déclarer que le Hamas est le responsable du kidnapping et ainsi créer des divisions entre Hamas et Fatah autour de la position à adopter sur l’enlèvement.

L’Autorité Palestinienne, quant à elle, est prise entre deux feux : un large soutien de la part du peuple palestinien à la résistance face à l’occupant et se prononçant majoritairement pour un retour aux frontières historiques de la Palestine et de l’autre côté, l’embourbement autour de négociations de paix éternelles avec Israël avec un rapport de force complètement en faveur de ce dernier. M. Abbas annonçant même qu’il préfère être impopulaire mais faire ce qui lui semble juste pour son peuple (sic !).

Pour de nombreux palestiniens, l’Autorité Palestinienne n’apporte qu’un accroissement de la normalisation de la situation et ils ne reconnaissent en aucun cas la légitimité des accords d’Oslo, décidés par en haut. Depuis ces accords, les conditions de vie des palestiniens ne se sont pas améliorées, bien au contraire... En réalité, il semble que l’Autorité Palestinienne ne puisse exister qu’avec le soutien de la communauté internationale. Elle a donc en ce sens tout intérêt à étouffer au maximum les velléités de résistance du peuple palestinien ou tout au moins à ne pas les soutenir. C’est pourquoi, à Ramallah par exemple, c’est un poste de l’AP qui a été sujet à des jets de pierre.

Le Hamas quant à lui, se trouve dans une position nécessairement affaiblie depuis la chute de leurs alliés égyptiens « les frères musulmans » sachant en plus, que sous son contrôle, l’économie de Gaza n’a pas progressé positivement si l’on en croit Abaher Al-Sakka, sociologue à l’université de Birzeit à Ramallah. La situation est donc une opportunité sans précédent pour Israël pour mettre un coup fatal à cette organisation politique.

Et après ?

Il est difficile de dire ce que va être la suite des évènements à Gaza et en Cisjordanie. Y compris ici, tout le monde reste très discret sur les pronostics. Ce qui est sûr c’est que le gouvernement israélien et Tsahal ont des idées derrière la tête et qu’ils ne comptent pas s’arrêter là. Pour preuve, après avoir retrouvé les 3 colons morts, dans une déclaration très offensive, Netanyahou a annoncé « le Hamas paiera ! ». Personne ne peut donc tabler sur une accalmie désormais.

Sans oublier que côté israélien, les messages de haine anti-arabes, de vengeances se développent massivement sur les réseaux sociaux et que ces messages sont suivis dans les actes par des attaques de colons contre le peuple palestinien dans les territoires occupés comme ce fut le cas ces derniers jours à Halhul ou à Jérusalem par exemple. A Gaza et dans le sud d’Israël, les tirs de roquettes et de missiles se font de plus en plus nombreux.

Le Hamas a, quant à lui, annoncé qu’il était en droit d’appeler à une troisième Intifada si la situation s’empirait mais il est difficile de dire si cet appel serait suivi. L’absence de projet politique (au sens large) porteur d’espoir pour le peuple palestinien joue à mon avis un rôle important dans la capacité de révolte. De plus, la génération qui s’est battue lors de la seconde intifada à partir de 2000 n’est plus la même que celle qui jette les pierres aujourd’hui. Les plus jeunes ne vivent pas l’occupation de la même manière que leurs ainés... Et ils ont pour beaucoup connu seulement les accords d’Oslo et l’embourbement dans des négociations sans fin.

Malgré tout, non accalmie ne signifie pas aggravation pour autant. Un dernier élément est à prendre en compte. Le 2 juillet un enfant palestinien a été tué à Jérusalem vraisemblablement par des israéliens avides de vengeance. Cet évènement a provoqué une vive réaction de la part de la communauté internationale. Tous ont unanimement condamné cet acte et appelé à la retenue de part et d’autre... Un message que ne peut pas ignorer le gouvernement israélien pour ne pas ternir son image de seule démocratie du Moyen-Orient !

Malgré ce tableau pessimiste de la situation, il n’est pas impossible et espérons que la jeune génération actuelle soit celle qui redonne de l’espoir au peuple palestinien, que ce soit celle qui rende plus palpables les revendications justes et évidentes du peuple palestinien :

  • Droit au retour des réfugiés
  • Libération de tous les prisonniers politiques
  • Démantèlement de toutes les colonies israéliennes

Pour que le peuple palestinien puisse enfin retrouver ses terres et avoir les mêmes droits que n’importe quel autre peuple.

C.

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