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Pourquoi la PALESTINE ?

Publié le samedi 2 août 2014

La Palestine. J’avais entendu parler de cet endroit, sans trop savoir ce qui s’y passait, sans trop savoir où c’était, sans trop savoir ce que c’était. Avant que je parte, un collègue de travail de mon père lui a dit « mais pourquoi tu dis qu’elle part en Palestine ta fille, ça n’existe pas ! ». Comment ça la Palestine n’existe pas ? Aux CEMEA ils m’ont bien parlé d’un SVE en Palestine et pas ailleurs. J’irai donc faire un volontariat dans un pays qui n’existe pas ?

Maintenant je peux le dire : la Palestine existe bien même si ce n’est pas un Etat reconnu par le droit international. Des drapeaux palestiniens flottent un peu partout dans les villes, aux fenêtres des maisons, sont floqués sur les tee-shirts, mon colocataire est palestinien donc bien un citoyen de Palestine comme tous les habitants de Cisjordanie, de Gaza et des camps de réfugiés dans les pays frontaliers, on me parle d’une Palestine libre tous les jours, alors oui la Palestine existe !

Plus de deux mois que je suis ici. J’ai beau l’écrire, le dire, le voir en photos, je ne réalise toujours pas ce que je suis en train de vivre. Je suis peut-être dans l’un des pays les plus médiatisés du moment et également l’un des moins recommandés par la communauté internationale, la même qui cautionne l’occupation israélienne et les atrocités commises en ce moment par l’armée à Gaza, mais j’y suis bien malgré tout.

C’est sûr que ce n’est pas aussi « facile » d’être ici qu’en France, dans mon petit confort occidental et entourée de mes proches et de mes amis. Rien ne m’est connu ici, ni la langue, ni la culture, ni la manière de vivre, ni mes colocataires, ni « mes collègues de travail ». Le saut vers l’inconnu. Il fallait oser se lancer pour aller dans cet univers tellement différent du mien. Se faire violence pour franchir le pas et réaliser ce rêve qui m’animait depuis longtemps. Je me suis jetée à l’eau sans savoir ce qui m’attendait, sans savoir vraiment ce que je venais y chercher, ce que cela allait m’apporter.

En arrivant en Palestine, la première chose à laquelle on est confronté, qu’on le veuille ou non, c’est l’omniprésence de l’occupation israélienne se traduisant par ce mur gigantesque, les check-points qui empêchent les palestiniens de circuler librement, la présence des soldats israéliens un peu partout, la vue de ces horribles colonies plantées en haut des montagnes qui grignotent chaque jour un peu plus la Palestine, ces panneaux rouges à l’entrée des zones A qui nous disent que l’on est en danger si on y entre, les arrestations injustifiées, les histoires des copains palestiniens qui ont tous perdu un frère ou un oncle au nom de la Palestine.

Tout cela m’a bouleversée et je n’oublierai jamais les frissons que j’ai eu en découvrant le mur pour la première fois avant d’arriver à Bethléem, la colère qui m’a envahie sur la colline des samaritains à Naplouse quand des soldats ont pris les passeports des copains palestiniens, la rage en écoutant Hashem nous raconter son quotidien rendu invivable par les colons israéliens et l’humiliation qu’ils subissent tous les jours avec sa femme et ses enfants, la tristesse qui s’est emparée de moi quand j’ai compris ce dont le peuple palestinien était victime depuis 70 ans et puis la naïveté qui s’est envolée quand j’ai dû me rendre à l’évidence et accepter que l’être humain est parfois un être terriblement violent et cherchant à écraser les autres pour arriver à ses fins. J’ai beau avoir lu des livres, des articles, regardé des vidéos, des films sur ce qui se passe en Palestine, la réalité est tellement forte qu’elle ne m’a pas épargnée.

Les premiers moments passés avec les palestiniens resteront aussi des souvenirs mémorables. Je me souviendrai de la joie partagée lors de cet après-midi avec les volontaires de Keffiyeh à peindre des cerfs-volants pour soutenir les prisonniers qui faisaient une grève de la faim, les sourires de tous les enfants essayant de faire voler leurs cerfs-volants le lendemain, l’espoir de tous en voyant flotter tous ces drapeaux de la Palestine dans le ciel d’Askar, l’accueil et la bienveillance de ces femmes qui nous ont offert notre premier repas à Askar, la complicité naissante avec les copains de Keffiyeh lors de cette première soirée à jouer tous ensemble.

Et puis, petit à petit il faut réussir à trouver un sens à cette présence ici, dans ce contexte d’occupation. Qu’est ce que je peux faire ? Est-ce que mener des projets avec les enfants et les femmes revient à rendre l’occupation supportable en leur permettant de s’échapper un peu de cette dure réalité ? Comme certains évoquent qu’embellir le mur le rend moins hostile. Est-ce que je dois contribuer à renforcer la conscience politique des jeunes pour qu’ils se battent pour leur pays ? Est-ce que c’est mon rôle ? Qu’est ce qu’on attend de moi ? Je n’ai pas encore les réponses à ces questions mais j’essaye d’apporter ma contribution, aussi modeste soit-elle, à une forme d’éducation populaire.

En partant en Palestine c’était aussi un moyen de fuir ma vie en France, les échecs récents, essayer de trouver des réponses à toutes ces questions qui me trottent dans la tête depuis des mois voire des années, donner un sens à ma vie. Le voyage est une fuite, comme me l’a très justement fait remarquer mon collègue SVE Nico, mais où que l’on aille, nos blessures et nos souffrances passées nous rattrapent. Elles n’ont peu faire des frontières et n’attendent qu’une chose : qu’on les comprenne et qu’on les accepte pour avancer.

C’est certainement la première fois que je me sens si VIVANTE, que ce soit pour tous les moments de joie, de partage, de tristesse, de dégout ou de colère qui me traversent ici. Chaque moment se transforme en une anecdote à raconter, une réflexion à creuser, une envie de s’engager.

Je réalise petit à petit ce que je suis en train de vivre et que cette expérience va me changer profondément, comment je n’en sais rien pour le moment mais elle ne va pas me laisser indemne c’est certain. Quand on m’a demandé pour la première fois avant de partir : « Pourquoi la Palestine ? », j’ai répondu spontanément : « C’est elle qui m’a choisie ». Après plus de deux mois ici, je me dis qu’elle a bien fait.

E.

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