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Aujourd’hui j’ai joué au basket et j’ai couru...

Publié le mercredi 5 novembre 2014

Aujourd’hui j’ai joué au basket et j’ai couru. Jusque là rien d’étonnant. Ce qu’il l’est plus c’est que cela ne m’était pas arrivé depuis 5 mois, 5 mois que je suis en Palestine. Avant même de partir je m’étais dit que je n’allais pas pouvoir aller courir dans la rue comme je peux le faire en France. En arrivant, je me suis en effet aperçue que personne ne courrait dans les rues de Naplouse, hommes et femmes confonduEs.

A Askar, le camp de réfugiés où je suis volontaire, les garçons jouent au foot chaque semaine dans la cour de l’école. Je suis déjà allée les voir jouer en les regardant avec envie. Même si je n’aime pas le foot, rien que le plaisir de courir m’aurait comblé. Mais cela ne se fait pas quand on est une fille ici. Et je l’ai très vite intégré, même trop vite. J’ai tellement intégré les codes sociaux présents en Palestine quand on est une fille que j’ai en partie oublié mes envies. Toute la difficulté quand on débarque en Palestine, ou dans un pays où les codes sociaux sont différents de ceux que l’on connait depuis qu’on est enfant, est de pouvoir s’y adapter, afin de respecter la culture et la population, tout en évitant de tomber dans un processus d’acculturation. Toute la richesse de l’interculturalité se trouvant dans la différence, cette dernière devant être confrontée, discutée, expérimentée. Après 5 mois en Palestine je crois que je me suis un peu trop oubliée en tant que femme ayant les mêmes droits et étant autant légitime que les hommes. Un sentiment d’infériorité s’est installé et m’a comme paralysée face à cet univers extrêmement genré qu’est le camp de réfugiés et plus particulièrement l’association où je suis volontaire.

Cette prise de conscience apparaît de manière plutôt violente après avoir joué au basket et couru pour la première fois en Palestine après 5 mois. L’arrivée de ma nouvelle collègue volontaire et colocataire JN, n’y est pas non plus pour rien. La voir s’entraîner avec les garçons pendant le cours de boxe a un goût de petite révolution à Askar et j’ai plutôt envie d’en prendre de la graine !

Dimanche 2 novembre RDV à 14h30 au centre.

J’appelle S, qui est le responsable des activités sportives au niveau de l’association, pour savoir si c’est toujours d’accord pour aller jouer dans l’école et s’il a pu trouver des ballons comme il me l’avait promis.

Seules R et H sont là. Je suis un peu déçue qu’elles ne soient pas plus nombreuses mais déjà contente que l’on puisse jouer ensemble. Quand je les vois arriver au centre je suis sur-excitée ! Les copains présents semblent déroutés face à autant d’entrain de notre part pour aller faire du sport. L’orage menaçant, on hésite un peu, les garçons nous disent que ça ne vaut pas le coup car il va pleuvoir. Finalement on se décide à aller à l’école et à commencer à jouer. Très fières, nous traversons le camp avec nos deux ballons sous le bras et nos tenues de sport. J’étais tellement excitée à l’idée de jouer au basket avec mes copines !! Sur la route, on croise S, qui nous accompagne à l’école. Il me dit que les filles ne sont pas beaucoup. Ce à quoi je répond que c’est la première fois et qu’elles n’ont pas l’habitude de faire du sport donc c’est plutôt un bon début. Il acquiesce et me dit qu’en effet la prochaine fois elles seront certainement plus nombreuses.

Une fois arrivée à l’école, l’excitation redescend vite en voyant une trentaine de garçons, de 10 à 15 ans peut être, jouer au football sur le terrain. S leur demande de partir, mais ils ne semblent pas l’entendre de cette façon et continuent à jouer. Le ton monte un peu mais les garçons ne quittent pas le terrain. Je demande à S ce qu’il se passe et il me dit qu’un homme va venir pour leur demander de partir. Avant qu’il arrive, le ballon est envoyé en dehors de la cour, je profite de cet instant pour investir le terrain et aller faire quelques shoots, suivie de JN et de R, H étant plus en retenue face à cette situation. Nous rigolons, mais pas les garçons. Une fois le ballon récupéré ils se remettent à jouer. S hausse alors la voix pour leur demander de partir. Les plus vieux du groupe haussent le ton à leur tour, tout en manifestant un réel manque de respect face à S et à nous quatre. R me dit d’ailleurs après cet affrontement que certains des jeunes nous ont insultées. L’homme en question arrive finalement et réussi à faire partir le groupe après quelques minutes de discussion toujours aussi soutenues. Après 15 minutes d’attente nous pouvons enfin commencer à faire du sport. J’étais vraiment désolée pour S et pour les copines de ce qui c’était passé mais heureuse et fière de ne pas avoir cédée, c’était comme une victoire. Si on se croyait enfin tranquilles, c’était sans compter sur la dizaine de garçons qui regardaient aux fenêtres des maisons autour de l’école.

Après avoir jouer toutes les quatre, je continue à shooter. J’ai alors droit à un charmant commentaire de la part d’un garçon caché derrière une fenêtre me disant, en arabe, que je ne sais pas jouer ! Contente de comprendre ce qu’il me dit, ça me fait plutôt fait rire. Ensuite j’ai couru autour du terrain pendant une dizaine de minutes. J’avais tellement envie de transpirer et de bouger, ayant pour la première fois l’opportunité de le faire après 5 mois. Cette fois-ci on m’a traité de folle, toujours en arabe. J’ai réellement pris conscience du fait que ce n’était pas admis socialement que les filles puissent faire du sport à l’extérieur.

Quel sentiment de liberté paradoxalement à ce contexte d’enfermement dans cette cour d’école entourée de grands murs. Quel bonheur ressenti pendant ce footing, la fraîcheur du vent venant couvrir mon visage, la beauté du couché de soleil dans le creux de Naplouse. Je me suis sentie tellement heureuse que je me dis que cela vaut la peine de chambouler un peu les codes sociaux pour se faire du bien et qui sait pour faire évoluer les mentalités.

E.

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