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Retour sur un retour

Publié le mardi 16 décembre 2014

Petite réflexion sur ce qui s’est passé à l’aéroport lors de notre retour après 6 mois en Cisjordanie.

La nuit du 28 au 29 novembre dernier, on a pris l’avion à Ben Gourion, l’aéroport de Tel-Aviv. Ce n’est pas un choix, la Palestine n’a pas d’aéroport et ce n’est pas faute de ne pas en vouloir ! C’est une des revendications des Gazaoui-e-s notamment, qui ont vu le leur s’effondrer sous les bombes et les bulldozers israéliens en 2001 et 2002. Du coup, c’est Israël qui se charge de contrôler les retours alors évidemment, on ne leur dit pas qu’on fait un SVE en Palestine. Trop risqué. On veut revenir.

Mais lorsque, nous, on passe, le personnel de la sécurité se rend compte qu’on leur ment. Pas sur le fait qu’on est allés en Palestine, ça, ils et elles ne l’ont pas su mais sur autre chose : notre réservation de billet d’avion.

C’est vrai qu’on aurait pu (ou du) s’en douter mais bref, c’est fait. On a eu le droit à 2h ou plus d’interrogatoire, de fouille, etc... On a été jugés comme des terroristes pendant 2 longues heures qui finalement ne finissent pas vraiment parce qu’on ne sait pas si on pourra y retourner.

Du coup quand ça se termine, on en discute et forcément, on cherche un-e coupable. À l’image de celui ou celle qui se fait licencier et qui accuse les migrant-e-s responsables du chômage, à l’image de la femme qui se fait agresser dont l’entourage accuse ses tenues vestimentaires qu’ils ou elles jugent provocantes... Nous, on s’est mis à accuser notre association d’envoi qui ne nous avait pas correctement informés et on s’est même accusés nous-même d’avoir été aussi bêtes pour ne pas y avoir pensé... À chaque problème, il faut un responsable et on s’est, nous aussi, trompés de coupable !

Parce que le responsable, ici, c’est l’État occupant et il est important de le dire. Il est responsable parce qu’il nous oblige à mentir. Il nous force à dire que nous ne sommes pas allés en Cisjordanie. Rejeter la responsabilité sur quelqu’un-e ou quelque chose d’autre, c’est involontairement, rendre normal ce qui s’est passé.

Rendre normal en premier lieu le mensonge et donc rendre acceptable le fait que les étranger-e-s n’aient pas le droit de rendre visite aux palestinien-ne-s. En bref, rendre normales l’occupation et l’isolation imposées au peuple palestinien par Israël. C’est aussi rendre normal le fait de se faire questionner sur tout ou n’importe quoi lorsque l’on passe une frontière et donc rendre normal qu’une autorité puisse nous mettre la pression dans le but de réduire notre droit à la mobilité. Enfin, c’est rendre normale la fouille que l’on a subi, nous et nos affaires... La privation d’intimité à laquelle on a été soumis.

Il y a sûrement des choses que l’on aurait pu mieux préparer, collectivement, pour éviter que ça se passe aussi mal mais c’est par l’expérience et la pratique, par la multiplication du nombre de départs en Palestine que la préparation au passage s’améliorera. Malgré tout, elle ne pourra jamais être parfaite car il y a une donnée que l’on ne maîtrisera pas, ni demain ni plus tard. Cette donnée, c’est la sécurité de l’aéroport Ben Gourion, qui porte la première et complète responsabilité de tout ce qui s’est passé pour nous cette nuit-là.

C.

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