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Checkpoint 300 un dimanche matin

Publié le lundi 9 février 2015

Il est 4h, le réveil sonne…il y avait des mois que je ne l’avais pas mis si tôt.
C’est dur, je le repousse plusieurs fois et puis je me motive en me disant que je pourrais dormir plus tard dans la journée.
Mohamed est déjà dans la cuisine, il a le sourire comme toujours, on prend un café rapide, quelques réglages sur l’appareil photo et on y va !
Il nous a proposé il y a quelques jours de nous enmener au checkpoint 300 un matin de bonne heure, au moment ou les palestiniens de la région qui ont un permis pour aller travailler de l’autre côté du mur passent la frontière.
On nous a prevenu que ce serait impressionnant, Mohamed connait bien l’endroit, son père passe ce checkpoint pour aller travailler à Jérusalem chaque matin. Il nous a raconté, mais c’est bien que l’on voit par nous-même, que l’on puisse se rendre compte...
Alors on y va, 4h30 on prend la voiture, musique franco-arabe a haut volume, quelques kilomètres seulement, puis on se gare.
Les taxis remplis arrivent par dizaine en même temps que nous, les gens en sortent en courant... ils ont du repousser un peu trop le reveil !
Il fait encore nuit, on s’approche et on apercoit au loin ce couloir éclairé ; sur le chemin qui y mène des vendeurs ambulants proposent café, falafels, cigarettes... la rue est animée !
Et puis on arrive devant ce couloir, ce tunnel de deux mètres de large et de 30 mètres de long environ... des centaines de personnes y sont agglutinées ; à ce moment une sensation indescriptible s’empare de toi, tu te vide !
Pourtant tu savais avant de venir ce qu’il en était, on t’avait raconté, tu avais vu des images, tu t’étais même indigné...
Mais aujourd’hui tu es là, tu vois, tu entends, tu sens… l’inhumanité en direct.
Les gens n’arrêtent pas d’arriver, certains escaladent les grilles et dépassent la foule, les autres piétinent de longues minutes, et puis de temps en temps on imagine que les soldats au bout du tunnel ouvrent les portes, alors il y a un mouvement de foule, les gens se poussent, avancent de quelques mètres, ceux qui ont doublé sautent dans la masse et disparaissent au bout du tunnel.
Il est 5h, une vingtaine d’hommes se mettent sur le côté, c’est l’heure de la prière...
Et puis le père de Mohamed, tout juste arrivé nous aperçoit, nous salue et nous dit de monter, de longer le couloir, en haut on voit mieux encore l’ampleur de la chose... on le fait, on passe par l’itinéraire bis, vide, celui réservé aux femmes, aux personnes âgées et... aux touristes !
C’est le moment de prendre des photos... une seule envie, devenir invisible... de l’autre côté de la grille, à quelques centimètres de ces hommes qui viennent de passer 2h dans cet enfer avant de commencer officiellement leur journée de travail ;
C’est difficile de soutenir leurs regards ; et il faut prendre des photos... oui il faut, il faut partager l’horreur face a laquelle nous sommes aujourd’hui.
Et puis ca suffit, on rentre !
Il y a cette petite pente glissante à passer pour quitter l’endroit, un homme arrive dans l’autre sens, pas pour prendre des photos lui ; il s’arrête et me tend la main pour m’aider à descendre... Shukran...
Le téléphone de Mohamed sonne, c’est son père, il appelle pour savoir si on a réussi à trouver un taxi pour repartir... lui sera bientot de l’autre côté du mur, en Israël, l’unique démocratie du Moyen-Orient.

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