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La claque !

Publié le dimanche 22 février 2015

Un autre article sur la même histoire a été écrit par une volontaire présente avec moi à ce moment. J’ai donc hésité avant de publier le mien vu qu’il y a des similitudes mais il ne m’a pas semblé inutile de le faire notamment parce que j’avais envie de partager ce que j’ai ressenti individuellement à ce moment là. Le premier article posté sur ce matin-là est trouvable ici : http://www.international.cemea-pdll... .

Il y a des fois où tu ne t’y attends pas. Tu prends une claque ! C’est tout ! Prendre une claque pour moi, ça signifie se bloquer, ne pas comprendre comment ce qui se passe est possible. Vouloir paraitre petit, tout petit, tout tout petit, infiniment petit. De toute façon, dans ce genre de situation tu es toujours trop grand et trop visible. Comme si il devenait soudainement impossible de se cacher. Seule solution s’en aller, fuir... Ne rien dire parce que tu ne saurais pas quoi dire.

Cette fois-là, il était 4h50 précisément quand on est parti de Dheisheh. La tête encore enfouie dans le dernier rêve de la nuit mais assez éveillée pour faire des blagues, rigoler avec Mohammed qui sera notre guide pour l’heure et demi qui suit. Par chance, on a la voiture qu’un copain a louée la veille. Ça nous évitera les taxis. On fera des économies.

On arrive près du Mur, monstrueuse façade de béton malgré les tags dessus qui essayent de l’embellir contre l’avis de ceux qui le voient au quotidien. Objet de séparation mais aussi objet d’occupation, on a l’impression qu’il s’élève jusqu’à l’infini mais qu’importe, ce n’est pas ça que nous sommes venus voir. Lui, pas besoin de le voir à 5h pour comprendre ce qu’il symbolise. Apartheid ou pire... Difficilement définissable.

Non, ce matin-là, Mohammed nous a proposé de nous rendre au Checkpoint 300. Celui qui sépare Bethléem de Jérusalem, qui sépare le terrorisme de la démocratie pour certains ou qui sépare la légitimité face à l’État terroriste pour d’autres. Si je savais pertinemment qui était le terroriste dans ce conflit, cette visite a fini d’achever mon point de vue.

Parce que le matin, entre 4h et 7h, près de 6 000 palestinien-ne-s se rendent au checkpoint pour aller travailler de l’autre côté. Bien sûr qu’ils et elles ne le font pas par plaisir. Ils et elles ont besoin d’argent dans un pays où l’entraide survit tant bien que mal face à un capitalisme grandissant organisé par une autorité silencieusement haïe par beaucoup.

En réalité, ce matin-là, c’est un nombre incalculable de Palestiniens, tous des hommes, qui sont arrivés en courant pour franchir le checkpoint. Aller de l’autre côté... Les territoires de 48 comme on les appelle ici. C’est un nom juste trouvé pour une situation trop injuste. Ils étaient plusieurs centaines, peut-être des milliers. Trop dur à dire et le nombre importe peu. Entre 20 et 60 ans, ils s’enfilent un à un, dix par dix ou cent par cent dans le long couloir bondé qui leur permet d’atteindre la porte au bout qui avertit un contrôle imminent.

Ils se bousculent, s’écrasent mutuellement, trichent en escaladant les barrières, crient de temps en temps pour que la porte s’ouvre ou reste ouverte plus longtemps. Les mains en l’air pour ne pas perdre leurs sacs qu’ils agrippent comme un souvenir d’enfance qu’on voudrait voir se prolonger. C’est dur à voir. Parce qu’en voyant ça, tu comprends qu’en face, ceux et celles qui ouvrent ou ferment la porte, qui la maintiennent d’ailleurs plus souvent fermée qu’ouverte, ce sont ceux et celles qui contrôlent. Qui ont tous les pouvoirs. Qui jouent. Un jeu dangereux qui a déjà provoqué la mort.

Je n’ai jamais vu d’animaux devant un abattoir mais cette file humaine ne pouvait me faire penser qu’à ça ! Impossible d’en retirer cette affreuse image. Impossible de penser à autre chose mis à part au fait que c’est l’occupation qui provoque ça. D’habitude, je relativise politiquement ce que je vois. C’est normal je pense, ça me permet de tenir, de rester. Pour mieux voir... Pour mieux comprendre. Mais c’est aussi une réaction égoïste qui me permet de mieux apprécier mon quotidien. Par contre, cette fois-ci, je n’ai pas réussi. J’ai eu envie de vomir, de crier ou de pleurer. J’ai rien fait de tout ça. Comme les autres, j’ai fait comme si de rien n’était et je suis allé prendre mon petit-déjeuner. Par contre ce jour-là, j’ai pris une claque.

Camille Acac

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