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Ces occupations

Publié le lundi 6 avril 2015

Nous avons vécu pendant 6 mois dans le camp de Askar Jdid, près de Naplouse. Très vite, nous avons parlé de cette violence qui nous entourait au quotidien. Elle s’emparait de nous. Nos émotions étaient anormalement extrêmes, nous subissions des hauts et des bas en permanence. Elle était omniprésente, dans les relations, dans les déplacements, dans l’air du camp, dans notre travail. A l’occasion d’une sortie à Jérusalem, nous l’avons verbalisée, déclinée, écrite.
Pour la partager.
Pour ne pas la normaliser.

ما هو العنف؟

La violence, c’est le cimetière des martyr(e)s de la seconde intifada dans la cour du jardin d’enfants.
La violence, ce sont les pierre jetées contre notre porte, et l’attente que cela recommence.
La violence, c’est de boire un thé dans une cave sans lumière avec des enfants sales qui s’accrochent à son chemisier pour que l’on reste.
La violence, c’est un volontaire qui rit frénétiquement quand il explique qu’il a assisté à un meurtre en direct.
La violence, c’est un enfant qui empoigne un lapin en le secouant.
La violence, ce sont les pétards que l’on reçoit au visage quand on rentre chez soi.
La violence c’est de voir un môme de six ans dessiner son frère en prison.
La violence, c’est l’ami qui raconte en souriant comment les soldats lui ont volé son pantalon au matin.
La violence, c’est de voir ce diplômé d’une université hors de prix se reconvertir en chauffeur de taxi.
La violence, c’est ce palestinien qui frappe frénétiquement dans son putching ball, hagard et perdu.
La violence, c’est de se retrouver à partager un moment dans le salon d’une maison prête à être démolie par israël.
La violence, c’est le soldat qui tire dans le bras d’un copain avec qui on jouait au volley la veille.
La violence, c’est d’en venir à deviner d’où proviennent les coups de feu qui bercent quotidiennement nos soirées.
La violence, c’est l’odeur de pisse, de solvant et de pneus brûlés qui constituent l’atmosphère de sa rue.
La violence, c’est d’éviter de sortir de chez soi pendant les heures de sortie d’école parce qu’on ignore jusqu’où peut aller l’excitation intrusive des enfants.
La violence, c’est le soldat qui met en joug ton taxi au check point.
La violence, c’est le coupures quotidiennes d’électricité pendant plusieurs heures en plein hiver imposées par israël en guise de punition collective.
La violence, c’est la nouvelle d’un(e) énième prisonnier(e) ou martyr(e).
La violence, c’est les « shalom » provocants de la part de certain(e)s habitant(e)s du camp lorsque l’on passe par la rue principale.
La violence, c’est la perpétuelle incertitude de pouvoir rentrer chez soi le soir, dans l’hypothèse de nouvelles barricades ou descentes de soldats.
La violence, c’est de vivre trois semaines en dessous de dix degrés avec ses rideaux qui volent au vent.
La violence, c’est le surpoids systématique des femmes de plus de quarante ans.
La violence, c’est de partir en excursion dans la West Bank et de croiser, pour seuls passants, des colons avec un M16 au bras.
La violence, c’est l’omniprésence des couteaux dans la rue.

En tant que femme :
La violence, c’est de passer tous les jours devant un café dans lequel on sait que l’on ne pourra jamais se poser.
La violence, c’est le malaise éprouvé chaque matin à se demander si sa tenue est appropriée.
La violence, c’est de s’obliger à fixer un point flou et lointain dans la rue pour ne pas avoir à supporter les regards que trop inquisiteurs des hommes.
La violence, c’est de tourner comme des lions en cage dans une salle fermée pour pouvoir courir une poignée de minutes.
La violence, c’est une situation d’oppression à laquelle on confronte sa présence d’international(e).
La violence, c’est d’y rester malgré tout.
Parce qu’on y trouve aussi la lumière.

Manon & Jihan.

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