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Le prisonnier d’Askar

Publié le dimanche 7 juin 2015

Il me regarde très peu dans les yeux, les rares contacts visuels que j’ai eu m’ont montré des yeux très bleus.

Son histoire : Il a été prisonnier pendant dix ans divisé en plusieurs parties, de 16 ans à 26 ans ; la première d’une durée de deux ans, après laquelle il a été relâché pour deux mois, la deuxième d’une durée de huit ans. Il est persuadé que s’il a été relâché c’était uniquement dans le but qu’il devienne majeur avant de le garder 8 ans de plus. Il a vécu sa détention blessé, car il a été touché par une roquette avant d’être emprisonné. Aujourd’hui il est blessé à un bras et à une jambe, il ne peut quasiment plus les plier. Il a aussi perdu quatre côtes et un rein.
Lors de son arrestation, il a été emmené en camion, ça lui faisait très mal. Il nous raconte qu’il devait monter des escaliers, menotté, sans aucune aide. Les charges qui pesaient sur lui : puisqu’il a été frappé par une roquette cela « prouvait » qu’il était dehors pendant le couvre-feu et donc qu’il préparait quelque chose. Quand il a été arrêté et qu’on l’a interrogé, on lui a montré la liste de ce qu’on lui reprochait et il en a presque ri, il trouvait ça ridicule, il n’avait jamais rien fait de tout cela.
Il nous a dit que les pires moments de sa vie se sont passés dans la cellule d’isolement car cela le rendait fou de ne pas savoir si c’était la nuit ou le jour, ou encore depuis combien de temps il y était, de ne pas pouvoir compter les jours. Parfois il était emmené dans la cellule d’isolement car il insultait un gardien qui le frappait sur ses blessures ou encore parce qu’il arrivait en retard lors de l’appel. En plus, ce n’était pas facile pour lui d’avoir quasiment toujours les mêmes vêtements sur le dos. Dans la cellule d’isolement, ce qui lui servait de lit n’était autre qu’une plaque d’un matériau dur et indéfini, en forme de demi-cercle, son dos en souffre encore aujourd’hui. Quand on regarde son fichier, on peut constater qu’il y a passé la moitié de sa peine, c’est-à-dire cinq ans.
Dans les autres cellules, les prisonnier-ère-s partagent à 10 un espace de 20m². Il voyait très peu la lumière du jour. Les « barreaux » sont si fins qu’on ne peut pas y faire passer le petit doigt et en « promenade », il y a un toit qui laisse un petit espace avec le mur pour voir le ciel. Pour passer le temps, il tapotait avec ses doigts sur le mur de sa cellule ou bien il marchait dans le très peu d’espace qu’il avait.
Il est ressorti très maigre de ces dix années passées enfermé : il mange peu et mal. Les seules fois où les repas étaient à peu près corrects, c’était quand des observateurs-rices des droits de l’homme venaient visiter la prison. Il y avait une table de ping-pong à ce moment-là, qui était enlevée aussitôt les visiteurs-rices parti-e-s. Les prisonnier-ère-s étaient menacé-e-s afin qu’ils-elles ne parlent pas à ces observateurs-rices. Ils-elles pouvaient par exemple se voir retirer le droit de visite, sachant qu’elles sont déjà peu nombreuses : une par mois, une personne à la fois. Il les utilisait de manière alternée pour voir son père et sa mère.
Il avait un avocat mais il était là pour la forme : pas le droit de lui parler, il fait simplement signer des papiers. Ces avocat-e-s, palestinien-ne-s, ne peuvent pas vraiment défendre les prisonnier-ère-s, au risque de finir derrière les barreaux eux-elles aussi.
Ces dix ans l’ont détruit, physiquement et psychologiquement. Il n’arrive maintenant plus à dormir ; lorsqu’on l’a rencontré, il n’avait pas trouvé le sommeil depuis 2 jours. Il nous dit qu’il rêverait de pouvoir dormir huit heures d’affilée. Il a beaucoup de mal à reconstruire ses relations, il préfère être seul. Il a souvent des accès de colère où il se met à péter les meubles de chez lui. C’est très dur pour lui et sa famille. Aujourd’hui il se fait encore filer, harceler sur son téléphone.

Il nous dit que les prisons israéliennes sont les pires du monde.

Al jdida

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