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Incursion meurtrière de l’armée d’occupation à Dheishe

Publié le mardi 8 décembre 2015

Ce matin, l’armée d’occupation a arrêté 6 personnes et blessé 10 autres. Elle a aussi assassiné Malik, 19 ans.

Dans la nuit de lundi à mardi, des bruits déjà trop familiers me réveillent. Je tapote l’épaule de T. : « Ça tire ».

On entend d’abord les jeeps de l’armée d’occupation, les tirs de gaz lacrymogènes. Bizarrement, aucun cris, d’habitude omniprésents lors des incursions de l’armée. Le camp semble étrangement calme. Puis très vite les tirs. On a du mal à respirer : les gaz lacrymogènes, tirés depuis la rue principale en direction du camp, s’infiltrent par les fenêtres et envahissent la guest house. On hésite à aller voir depuis le toit, mais on se rappelle que les copainEs nous l’ont déconseillé, et ce soir on a l’impression que c’est plus costaud que d’habitude. On attend, le gaz pique les yeux et le nez, brule la gorge.

5h30, on entend les jeeps qui repartent.

6h. on entend des chants qu’on ne connait que trop bien : ce sont les chants des martyres. Une foule passe sous notre fenêtre. Cette fois, c’est T qui me tape sur l’épaule : « je crois qu’ils ont tué quelqu’un. Je vais voir ».

6h30. T appelle H, « Tu peux y aller, suis les cris. » L’atmosphère est toujours irrespirable. Les gens commencent à se rassembler, les habitantEs descendent dans les rues du camp et rejoignent le cortège qui se forme, toujours au son des chants des martyrs.

7h. A l’entrée du camp, tout s’organise très vite. Une scène est montée, certainEs font la circulation, d’autres le café, des chaises sont installées, les affiches présentant un visage juvénile sont déjà en train d’être placardée. Les habitantEs de Dheishe semblent malheureusement connaitre leur rôle, formés par l’expérience douloureuse du matin qui compte ses morts.

H, A, M, O, N et plein d’autres sont déjà sur place. Tout le monde a les yeux cernés, le regard triste, personne n’a dormi, personne ne se regarde. Les bonjours, d’habitude si démonstratifs, sont timides.

H dit à T : « un enfant est mort. Un enfant de 19 ans. Il s’appelle Malik. Il habite juste à côté. Les soldats étaient en train de partir. L’un d’eux a tiré, juste avant de monter dans sa jeep. Le soldat a visé la tête, dans l’arrière du crâne. Il était de dos. » Il ajoute : « J’ai voulu vous amener des masques à gaz, désolé, j’ai pas pu. Ils étaient partout »

10h. On est tous dans la rue. Difficile de donner un chiffre. Peut-être 3000 personnes, surement beaucoup plus. Le cortège démarre, accompagnant le martyre et sa famille jusqu’au cimetière. L’organisation semble désespérément bien rodée. Les voisinEs viennent grossir les rangs. Sur les visages, on lit beaucoup de tristesse, de colère, de haine parfois.

Cette nuit, l’armée occupation a blessé 10 personnes,et arrêté 6 autres.
Et Malik, 19 ans, a été assassiné.

C et T.

"Il s’était levé à 4h, sentant une forte odeur de gaz odeur des gaz lancés par l’armée coloniale israélienne qui était en train d’attaquer le camp.
Malik était en colère et toujours pas remis de la perte de son ami Motaz. Il a pris une pierre qu’il a lancée à la face d’une armée suréquipée. Cette pierre était un message, un message plus fort que n’importe quel mot pouvant être dit.
A travers cette pierre, il disait : Nous existons, résisterons jusqu’à notre liberté, vous n’êtes pas les bienvenu dans notre pays. Le soldat lâche a semble t-il été effrayé par cette pierre qui lui a été lancé et a décidé de tirer à balle réelle dans la tête de Malik en stoppant ainsi nette son existence."

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