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Meurtre du jeune Abed al-Fattah Yusri al-Sharif à Hébron

Publié le mardi 29 mars 2016

C’est un acte malheureusement banal, mais celui-ci a été filmé. Qu’on n’essaie pas de nous faire croire qu’il est le fruit d’un jeune militaire qui aurait dérapé : cet acte trouve sa source dans la politique de colonisation et d’occupation de l’État d’Israël.

Hébron est une ville particulière en Cisjordanie, en ce sens que les colonies israéliennes, cinq en tout, sont installées à l’intérieur même de la ville.

Dans la rue menant du centre-ville au tombeau des patriarches, les colons sont installés au premier étage des immeubles, et les palestiniens ont réussi à conserver les rez de chaussés.

Pour se protéger des jets de pierre et de déchets, ces derniers ont dû installer des grillages au-dessus de leurs têtes. Malheureusement, ces grillages ne protègent pas de l’urine et des eaux usées que les colons leurs envoient.

La vieille ville d’Hébron est quadrillée par des checks point que l’armée peut fermer quand bon lui semble, les contrôles sont quotidiens, et les provocations et attaques violentes de colons sont courantes.

Depuis mardi, une vidéo fait le tour des réseaux sociaux.
Elle a été prise par un homme qui l’a envoyé à l’association B’Tselem. [1]

On y voit d’abord des ambulanciers soigner un soldat légèrement blessé au bras. Puis un homme à terre, et autour de lui des soldats et colons israéliens. La scène se passe très vite mais est facilement observable : l’homme a terre bouge légèrement, il est donc en vie. Un soldat pointe alors son arme sur lui et tire, sans sommation, dans la tête du jeune homme.

Le sang coule, il est mort maintenant.
Autour, aucune réaction, chacun continue ce qu’il était en train de faire.

Assez vite, l’information est relayée dans les journaux et la vidéo fait le tour des réseaux sociaux.

On apprend notamment que l’homme, aidé d’un complice lui aussi abattu par l’armée, aurait blessé un soldat (à priori celui que l’on voit sur la vidéo).

Libération affirme que l’ « on voit clairement [sur la vidéo] un soldat israélien (infirmier de surcroît) abattre de sang-froid un Palestinien, étendu au sol, sans que cela ne semble déranger personne autour de lui ». [2]

Nickolay Mladenov, envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, dénonce un acte « horrible, immoral et unique  » et « condamne fermement l’apparente exécution extrajudiciaire d’un assaillant palestinien à Hébron ».

Finalement, même Benyamin Nétanyaou, premier ministre israélien, affirme que « Ce qui s’est passé à Hébron ne reflète pas les valeurs de l’armée israélienne  »

LA BLAGUE !

Est-on réellement en train de découvrir que l’armée israélienne tue impunément en Cisjordanie occupée ?

Est-ce que l’ONU, la communauté internationale et la presse étrangère ignorent vraiment qu’Abdel el-Sharif n’est que le 193ème palestinien abattu par l’armée israélienne depuis octobre en Cisjordanie [3] ?

Plus grave encore, est ce que Benyamin Nethanyaou essaie réellement de nous faire croire que ce crime n’est qu’un acte isolé et que la présence en Cisjordanie de soldats israéliens n’est ni répressive, ni meurtrière ?

Que les 193 morts, les 15 000 palestiniens blessés et les 323 maisons détruites depuis octobre 2015 ne représentent pas non plus « les valeurs de l’armée israélienne » ?

Bien sûr, l’homme qui a tué Abdel Al-Sharif et qui a par ailleurs été arrêté, doit être jugé et puni. Les 50 000 personnes ayant signé la pétition de soutien à ce soldat ne seront à priori pas entendus et c’est tant mieux.

Mais en condamnant cet homme pour meurtre, il ne faudrait pas minimiser le rôle des commandants de l’armée, et par eux, celui du gouvernement. Netanyaou s’est dépêché de condamner l’acte et de s’en désolidariser, niant par cette occasion le caractère profondément et intrinsèquement raciste et meurtrier de sa politique dans le Territoires Occupés.

Le jeune homme abattu de sang-froid alors qu’il était à terre s’appelait Abdel Fattah Yusri Al-Sharif.

Il avait 21 ans. Il est le 193ième palestinien de Cisjordanie tué par l’armée israélienne depuis le mois d’octobre.

Il n’est ni un cas isolé, ni le produit d’un jeune militaire qui aurait « pété les plombs ». Il est le fruit d’une politique profondément raciste et colonialiste de l’Etat d’Israël.

C et T

Note : Nous apprenons aujourd’hui que le tireur à la double nationalité franco-israélienne.

[1] B’Tselem est une ONG israélienne qui filme, publie et dénonce les exactions dont sont victimes les palestiniens dans les Territoires Occupés.
Voir leur site : http://www.btselem.org/

[2] http://www.liberation.fr/planete/2016/03/25/israel-immense-emoi-apres-l-execution-d-un-palestinien-par-un-soldat_1441930

[3] Décompte de l’AFP

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