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Samedi - la richesse des échanges interculturels 

Publié le mardi 3 mai 2016

Sur ce forum, j’ai adoré ces multiples rencontres...

Réveil à 8h, pour un petit dej fastueux dans l’hôtel avant de reprendre l’atelier Média. L’occasion de se mettre d’accord sur différents projets : média journalisme citoyen, média vidéo, e-commerce. Après avoir discuter de nos projets, nous passons à un temps de valorisation et de présentation au grand groupe. Tous les affichages doivent être en français : commande de l’IFT. Je propose une traduction dans les deux langues, une tunisienne me coupe et parle de solidarité... Un gros mot pour justifier cette demande grotesque. Tout sera en français... 

Je profite de cet atelier pour avoir mon premier cours d’arabe improvisé, l’alphabet et l’écriture de mon prénom pour débuter ! C’est un partage chouette, deux tunisiens me forment, ils me font des lignes, retour en enfance plaisant cette fois-ci ! J’adore cette écriture... J’ai hâte de l’apprendre en Palestine. Mes quelques mots d’arabe ne sont pas compris ici, dialecte différent en Tunisie. 

Après l’atelier, je m’installe dans une des balancelles de l’hôtel avec Heni ben hammoud et Aly Bouzwida, représentant l’association : Jamaity. Jamaity collecte des informations sur les composantes de la société civile, sur les bailleurs de fonds, sur les partenaires techniques et financiers, sur les associations de Tunis. Elle diffuse ensuite l’information aux différentes partie prenantes, créé des canaux de communication. Je profite de cet échange pour leur demander ce qu’ils pensent du grand débat de la veille dans mon atelier : l’impact d’Internet et des réseaux sociaux pendant la révolution de 2011. Voici leurs réponses : 

  • Les revendications sociales depuis 2008 ont émergé dans les stades de foot et non sur Facebook. Elles ont été réprimandée par le gouvernement et les policiers dès leur apparition. Je m’explique : des jeunes ont été dans la rue en 2008 dans la zone minière de Gafsa, avec les ouvriers, ils ont été violemment réprimandés par la police et il n’y a pas eu de médiatisation...
  • La seule manière de revendiquer quelque chose pour les jeunes, c’était dans les stades de foot, parce que c’était leur seul contact avec la police. 
  • Ces revendications n’ont cessé de s’amplifier jusqu’en 2011. Elles étaient d’ordre économique dans le sud : des chômeurs demandaient de l’emploi, l’opportunité d’avoir des ressources financières stables. 
  • Notamment lors des échanges avec la Libye : il y avait les échanges protégé par le gouvernement, et les petits commerçants sévèrement taxé.. Alors que ce sont des échanges très intéressants pour les tunisiens, permettant de faire du profit. Le demande était d’avoir une zone franche en gros. Mais ça n’a jamais été possible... 
  •  Des blogueurs ont été torturé, arrêté a cet époque à cause de toutes ces revendications d’ordre économique : La mort d’un blogueurs Zouhaier Yahiaoui correspond aujourd’hui à notre journée de célébration d’Internet. Ces tortures amplifient les revendications et sont le point de départ à un soulèvement qui n’est plus seulement économique, il devient social. 
  •  Avec la médiatisation de ces différents blogueurs, les internationaux ont un aperçu de ce qu’il se passe en Tunisie, et pas seulement les internationaux, des tunisiens n’étaient pas au courant de ce qu’il se passait c’est vrai. Mais en tout cas les étudiants du sud et les intellectuels le savaient. C’est pour ça que beaucoup de gens croient que la révolution a commencé par Facebook. Elle avait déjà commencé bien avant...« Et aujourd’hui ? Les mouvements sociaux ? »- les revendications n’ont pas changé, elles sont toujours du même ordre. Ce qui a changé c’est que maintenant on peut débattre, que c’est médiatisé. La révolution au final nous a seulement fait gagné la liberté d’expression. Le gouvernement nous permet de parler des problèmes mais ne règlent pas les problèmes. C’est ce que tente de faire ce forum, nous faire débattre sur l’employabilité des jeunes sachant pertinemment qu’il n’y a pas d’emploi... 
  • Il faudrait que le gouvernement et les tunisiens changent de mentalité. On doit travailler sur le changement de mentalité avec les jeunes. C’est foutu pour nous. Ce travail doit avoir lieu avec les nouvelles générations qui vont suivre. Le tunisien aujourd’hui est consommateur, il n’est pas créateur, une minorité est créatrice... Le gens ne sont pas intéressés à changer... C’est plus important de manger que de parler gouvernance locale ou activité civile... C’est du blabla pour la population locale.
  • En gros c’est la pyramide de Maslow, 75% cherchent les besoins primaires, 25% seulement sont conscient de leur citoyenneté... Et encore je suis généreux."

M interrompt cette riche conversation, elle gère la logistique du forum et s’assoit avec nous un moment pour faire une pause. Entre le nombre trop important de participants qui n’avait pas été anticipé, l’organisation du concert du soir et le groupe qui râle pour avoir des tapis spécifiques berbères qui ne se trouvent pas à Gafsa, elle est bien embêtée. Elle ajoute que 73 projets ont été sélectionné mais la seconde sélection est loin d’être prête, l’Ift est en retard, le ramadan approche et ce sera impossible de récupérer à ce moment-là les fiches projets, les gens seront en vacances ou fatigués par le jeune... Après cet amoncellement de problème elle file au village associatif, apparition éclair pour décharger !

Je rencontre Emna de l’association Mashhed, qui fera un Sve en France et arrive normalement à Nantes en mai juste avant le repas. Celui-ci nous permet de continuer à échanger avec les gars de Jamaity, on discute tradition, mariage, je me fait gronder parce que je mange mon couscous comme une française, j’abandonne mes couverts. Le repas se termine sur cet échange avec une tunisienne : la difficulté de concevoir un projet en langue française alors qu’elle écrit très bien en arabe... Là encore, l’Ift se montre excluant... 

C’est l’heure des ateliers et je me sens plus à l’aise, je prends de l’assurance pour discuter du projet. Je rencontre A qui travaille à Mashhed et se joint à notre groupe de recherche. Ensuite on prospecte, objectif : capter la méthodologie de projet. J’ai du mal à comprendre ! Pourquoi directement passer par la méthodologie alors que nous n’avons pas encore forcément discuté du projet, ça va trop vite... Je demande des explications aux intervenants sur l’objectif de ce temps : on ne me comprends pas, on me demande si j’ai vraiment choisi cet atelier, pourquoi je suis là, on me dit que ça a de l’intérêt pour la France, que comme l’a si bien dit la conseillère de l’A la veille, « des projets d’ici pourront être réadaptés en France » ! J’ai du mal m’exprimer et je n’ose pas reformuler. Tant pis, je me lance avec les Tunisiens dans la méthodologie, on me demande toujours mon avis, la tunisienne qui transcrit note mes re-formulations, ça me gêne... J’ai du mal à me positionner, je passe en observation dans un second temps pour éviter ça... Je n’ai pas envie d’être « la voix de la raison »…

La présentation suit et les intervenants ne font que des remarques négatives pour expliquer en quoi ces différents projets ne peuvent pas fonctionner tel qu’ils sont là affichés, j’assiste à une véritable pédagogie de l’échec... La tunisienne qui portait l’idée du projet sur lequel on a travaillé est découragée, je la tope en sortant, tentant de la rassurer, ce n’est qu’une histoire de mots à retravailler, son projet a du sens... Elle acquiesce et me remercie mais je ne sais pas bien si cette intervention lui aura vraiment parlé... 

Je rejoins A pour discuter, il a vécu un temps similaire, ça fait du bien d’avoir quelqu’un avec qui discuter qui capte de quoi je veux parler... On discute objectif de la démarche, pourquoi ça n’a pas fonctionné : les gens viennent de pleins de milieux différents, ils n’ont pas du tout la même grille d’analyse. A a aussi le sentiment que les tunisiens sont beaucoup dans la consommation et que même quand il est question de réfléchir, ils ont tendances à attendre que ça vienne ou considérer le français comme celui ayant le savoir. En évitant les généralités, nous n’avons pas le même accès à la formation, à la culture. 

Nous allons ensuite manger, l’occasion de rediscuter avec M (qui nous avait causé de la logistique du salon), une conseillère de l’Ift, de nos ressentis d’ateliers. Elle ne manquera pas de faire « remonter l’information », même si elle nous explique bien que c’est une demande des Tunisiens d’être formé sur la méthodologie de projet, à nous de répliquer que ce n’est pas le sujet qu’on critique mais bien la démarche qui n’était pas adaptée à prendre en considération toutes les individualités...

La soirée s’annonce festive : départ en bus pour le centre ville de Gafsa, un théâtre pour nous accueillir. Les tunisiens chantent et dansent déjà dans l’allée centrale ! Ambiance de folie… Le drapeau berbère tendu dans les tribunes, symbole de la résistance. Le bleu représentant la mer ; le vert les plaines et les montagnes et le jaune : le désert du Sahara. J’observe ce tableau et l’intensité de le soirée qui monte au même rythme que la musique, les gens se lèvent petit à petit pour danser, chanter, sans oublier de se photographier (une pratique très développée ici !)

Nous rentrons au Palace ensuite, je rencontre une femme qui travaille au Lab’ESS, l’association organisatrice des ateliers du forum jeunesse. Elle est intervenante sur l’atelier « comportements à risque », trois thématiques sont abordés : la violence faite aux femmes, la radicalisation amenant au terrorisme, et l’abandon de scolarité. Une femme de France Volontaire nous rejoint ; elle se forme au sein de l’association en Tunisie depuis deux ans pour sa collectivité locale en Nouvelle Calédonie. F, son collègue tunisien, nous parle de ce pays :

  • Là bas, j’ai eu un choc culturel : la police n’a pas le droit de rentrer dans les tribus sans autorisation, c’est vraiment la liberté… Le chômage est aussi différent : ceux qui ne travaillent pas c’est bien par choix, parce que la nature offre plus que ce que l’homme ne consomme, ce n’est donc pas nécessaire selon eux de travailler.
  • Un autre système économique est en place loin de notre système de consommation. C’est une autre vision de la vie, une autre organisation et ça marche bien... Chaque tribu a son organisation, il y a un esprit communautaire de clan... Nous on est enfermé, chacun pense pour lui, là-bas chacun contribue, pense pour le collectif.
  • Aujourd’hui on essaye de théoriser l’auto-gestion : il suffirait d’aller voir ce qu’il se passe là bas ! Ici en Tunisie, l’esprit communautaire est toujours limité à un événement comme celui d’aujourd’hui...
  • La tradition et les valeurs sont très forte là-bas ! Quand tu arrives, tu dois passer par la coutume, ce n’est pas comme ici ou tu t’impose, tu passe par la tradition, dès l’accueil... Nous avons fait un stage de préparation au départ de volontaires là-bas, à la fin : nous avons eu une cérémonie d’au revoir pour se dire merci, une heure trente de prières. J’ai fais ces stages des centaines de fois et j’ai jamais eu tous ces remerciements. Ce côté humain est fort... C’est particulier. Dans nos société occidentale on le perd... On se replie sur nous-même… On ne peut pas avoir un système auto-gestionnaire avec des gens qui ont grandi dans l’individualisme... On peut pas construire ça avec des gens qui ne sont pas nés avec ces valeurs là, ici ce ne serait pas possible…

C’est le troisième tunisien qui me parle de « cette génération foutu » Je vais me coucher l’esprit en Nouvelle Calédonie, dans ma chambre de princesse. 

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