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Bienvenue à Beit Fajjar

Publié le lundi 27 juin 2016

Sabah el kheir,

J’ai rencontré Fares et Ali de la municipalité de Beit Fajjar (village au sud de Bethléem), il y a quelques semaines, et j’aimerais vous faire part des informations sur la ville que j’y ai reçu, parce-que Beit Fajjar fait partie de ces villes palestiniennes se trouvant dans des situations très pénibles et absolument dingues…

La ville de Beit Fajjar rencontre des problèmes sociaux, sanitaires, et environnementaux importants. Et comme la municipalité (dont le bâtiment a été construit par USAID) fait également face à des problèmes financiers, elle ne peut pas améliorer la situation de la ville par ses propres moyens, et est donc contrainte de faire appel à des aides extérieurs (ambassades étrangères notamment...) pour trouver des financements.

Les problèmes sanitaires et environnementaux sont liés à l’activité des usines d’extraction et de découpage de pierres, ainsi qu’à la stagnation des eaux usées dans la vallée.

L’activité de découpage des pierres provoque une poussière très nocive à l’inhalation, ce qui créé des problèmes de respirations, et diverses maladies chez les salariés, ainsi que chez les habitant-e-s voisin-e-s. Les conditions de travail y sont donc très difficiles et ont déjà tué deux personnes.

https://international.cemea-pdll.or...
Source de la photo : http://www.btselem.org/planning_and...

Ils ne peuvent ni délocaliser, ni cesser l’activité de ces usines, fonctionnant depuis plus de 60 ans en moyenne, parce-qu’elles représentent la première source d’emploi chez les habitants de Beit Fajjar : l’économie de la commune dépend de cette activité (la ville compte 140 usines, comprenant chacune 20 employés en moyenne, incluant des jeunes mineurs). De plus, la délocalisation représente un coût important non-négligeable, et les carrières où l’on extrait les pierres sont à proximité de la ville.

La délocalisation n’étant donc pas possible, la municipalité mise sur l’accessibilité et la qualité des soins médicaux. Cela passe en premier lieu par la création d’un réseau d’ambulances à Beit Fajjar : les ambulances provenant de Bethléem ne viennent pas assez rapidement au village, à cause des 17 km qui les séparent, mais aussi à cause de l’occupation israélienne (Beit Fajjar est entourée par trois colonies israéliennes : Migdal Oz au nord, Kfar Etzion à l’ouest, et Effrat, un voisinage insupportable qui cause beaucoup de troubles au sein de la communauté de Beit Fajjar) : sur le rond-point précédent la route qui permet l’accès à Beit Fajjar, on y rencontre tous les jours (sauf pendant Chabbat), un ralentissement du trafic à cause d’un contrôle très strict mené par les soldat-e-s israélien-ne-s (omniprésence des soldat-e-s, de caméras de surveillance, contrôle des passeports en continue…). En plus de ce contrôle strict, il arrive parfois que les soldat-e-s israélien-ne-s interdisent l’activité des usines de Beit Fajjar pendant plusieurs jours, et qu’ils confisquent leurs tracteurs (pour les récupérer, il faudrait accepter de soumettre le terrain à l’état d’Israël…).

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Source de la photo : http://www.btselem.org/planning_and...

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Source de la photo : http://www.stonecontact.com/quarrie...

Concernant les eaux usées stagnant dans la vallée, celles-ci représentent un problème environnemental et sanitaire, parce-qu’elles répandent une odeur nauséabonde sur une longue distance, et provoquent des maladies (en été à cause des moustiques, et en hiver à cause des pluies fréquentes créant des courants d’eaux importants). De plus, ce problème à forcé la fermeture des fermes qui se trouvaient à proximité. La municipalité aimerait donc créer un réseau d’assainissement.

Les problèmes sociaux que rencontre Beit Fajjar sont liés aux difficultés financières de leur centre Beit Fajjar Municipality Community Center mis en place pour les jeunes en situation de handicap.

Ce centre fait partie de la municipalité et est le premier créé dans la zone sud de Bethléem. Il compte un/e bénévole et sept salarié-e-s dont deux enseignant/es spécialisé/es, deux physiothérapeutes, un/e éducateur/trice spécialisé/e, un/e directeur/trice, et un/e homme/femme d’entretien. Ensemble, ils prennent en charge 45 jeunes âgé-e-s de 3 à 15 ans.

https://international.cemea-pdll.or...
Source de la photo : https://blog.eappi.org/2016/04/14/a...

Ils-Elles leur offrent tous les services nécessaires pour éveiller et mettre en valeur leur potentiel. Cela se traduit à travers l’éducation, le soutien individuel, ou encore la physiothérapie. Ils-Elles ont aussi pour mission de changer les attitudes de la communauté envers les droits, et les besoins des personnes en situation de handicap afin de les soutenir au quotidien. De cette façon, la municipalité et l’équipe du centre espèrent intégrer pleinement les jeunes en situation de handicap dans la société, afin qu’ils-elles puissent s’épanouir, évoluer, devenir des adultes pleinement fonctionnels et heureux-ses dans la société palestinienne.

Ce centre fait partie de la municipalité et fonctionnait, jusqu’aujourd’hui, grâce aux fonds versés par le PMSP (Palestinian Municipalities Support Program), et ce, depuis 5 ans. Ces fonds servaient notamment à la rémunération des salarié-e-s. La condition de ce versement était de créer un projet au sein du centre.

Cependant, la direction de la municipalité de Beit Fajjar a rencontré des complications, bloquant la décision et l’élaboration du projet. Ses complications sont liées au poste de maire de la ville : en 3 ans, la ville a connu trois maires différents, ne laissant pas le temps nécessaire à cette prise de décision.

Bien qu’il fût élu en 2013, le premier maire mécontentait les habitant-e-s à cause de sa prise de décision jugée trop arbitraire. Les habitant-e-s demandèrent alors de choisir une autre personne pour ce poste. Un maire de remplacement envoyé par le gouvernement palestinien fut à la tête de la municipalité pendant six mois, en attendant qu’un habitant de Beit Fajjar reprenne la place du premier. Pour finir, le maire présent aujourd’hui, Akram Taqatqa, le devint avec le soutien des membres de la municipalité.

Étant donné que le maire est seul a détenir le pouvoir de décision, aucun projet n’a été mis en place pour le centre. En conséquence, le PMSP ne versera plus de fonds d’ici quelques mois, ce qui forcera la municipalité de Beit Jaffar à fermer son centre.

Voilà en gros, les infos que j’ai collecté lors de cette rencontre… Des ancien-ne-s fermier-e-s qui ont perdu leur habitation et leur activité professionnelle, des malades, des jeunes en situation de handicap qui risquent de vivre avec peu, voir très peu d’accompagnement, des travailleurs, dont des enfants, qui meurent et tombent malade au travail, et où, soigner efficacement est rendu impossible par l’occupation israélienne… Je cherche un mot pour qualifier la situation correctement et avec précision, mais j’ai trouve pas de vocabulaire à la fois distingué et éloquent, alors je choisis simplement : « c’est vraiment la merde à Beit Fajjar ».

A.

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