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Qui suis-je dans ce pays ?

Publié le mardi 26 mars 2013

C’est la troisième fois que je reviens en Palestine. Plus précisément, c’est la troisième fois que je reviens en Cisjordanie.

Je retrouve des traces, des lieux et des envies. Je connais cet endroit, je m’y sens plus à l’aise avec le temps, je commence à comprendre des non-dits, des réalités moins évidentes et des sous-entendus qui flottent parfois dans l’air. Maintenant je comprend les panneaux, les devantures de magasins et les affiches, mais je comprend aussi certains silences.

La première fois que je suis venu ici, c’était simple, j’étais de passage, c’était un moment séparé de ma vie, des sortes de vacances avec un fond militant. J’étais dans un voyage, avec tout ce que ça implique en terme de rupture avec le quotidien et de séparation avec ma vie habituelle.

La deuxième fois, je recherchais une évasion de ma vie, je cherchais à me prouver que j’étais encore capable de me lancer dans quelque chose à moi, dans un projet qui me serait propre et personnel. J’allais là-bas pour me retrouver. Rupture avec le quotidien encore, mais rupture pour me retrouver et retrouver mon quotidien.

Me voilà donc là une troisième fois, et là, je suis pas sûr de savoir quelle place a cette visite dans ma vie. Non, en fait, je ne suis pas sûr de savoir quelle place j’ai ici. Je ne cherche pas à partir en voyage ou à fuir mon quotidien, mais c’est sûr que je cherche quelque chose.

Maintenant, après cinq années de militantisme sur la question palestinienne, j’ai un rapport un intime à ce pays. Je ne suis pas d’ici et je ne le serais jamais, mais en même temps je ne suis pas juste de France, une bonne partie de ma vie et de mon quotidien est lié à cet endroit.

J’ai lié une partie de mon quotidien à cet endroit parce que j’y cherche des réponses, et puis que j’y cherche probablement des nouvelles questions. Des questions sur le rapport à la politique, sur la construction du collectif, sur les fondations des constructions politiques, sur les constructions d’alliances locales et globales, ...

Le problème que ça pose ça, c’est de savoir la place que cette recherche me donne ici. La place qu’elle me donne, la mesure dans laquelle cette recherche est partageable, ou au minimum communicable.

Qui suis-je dans ce pays, c’est-à-dire quel sens à ma présence ici ? Tant que je ne restais pas longtemps, cette question ne se posait pas beaucoup. En tout cas, je pouvais faire semblant de l’ignorer temporairement. En restant un an (voire même plus), c’est moins simple, d’un coup. En restant un an sur ce projet, je me retrouve à cheval entre deux positions « classiques » (je veux dire qu’on retrouve souvent) :

  • le témoignage, où on se représente là-bas en tant que personne observante qui se fixe comme objectif de transmettre l’expérience qu’il/elle a vécu-e en Palestine
  • l’intégration, où on se voit comme objectif de venir « vraiment palestinien-ne », de supprimer notre distance avec la société palestinienne

Rester un an, c’est trop long pour témoigner, mais c’est c’est aussi trop long pour se croire palestinien-ne. Les temps que je vais passer là-bas seront probablement trop banals et quotidiens pour rentrer dans un « témoignage » sur l’occupation et la vie des palestinien-ne-s et je vais avoir de nombreuses occasion de me rendre compte que je ne suis pas palestinien, que je le veuille ou non.

Dans tout ça, je ne sais pas où se trouve ma position à moi. Je pourrais facilement la résumer en parlant de « solidarité », mais qu’est-ce que ça veut dire, la solidarité ? Plus j’y pense, plus je me dit que la solidarité internationale n’a de sens que construite en commun, en prenant le temps de trouver une perspective réellement partagée. Ça tombe bien, c’est ce que nous pouvons défendre (enfin je crois) aux Cémea.

Mais concrètement, comment construire une perspective partagée dans une situation coloniale dans laquelle nous sommes des complices (indirects certes, mais des complices quand même) ? Comment construire une perspective partagée dans une situation d’apartheid où nous européen-ne-s sommes les seul-e-s à pouvoir aller et sortir librement ? Est-ce que ce besoin de perspective partagée peut avoir du sens pour des palestinien-ne-s ?

Pour l’instant, j’ai l’impression d’avoir beaucoup de grandes phrases, mais peu d’idées concrètes. Wait and see, quoi : agir, parler et expérimenter en espérant que les fils se nouent petit à petit. Ça peut marcher, insh’allah.

En attendant, je ne sais pas qui je suis dans ce pays. Peut-être qu’il me faudra bien plus d’un an pour trouver.

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