Accueil > Palestine > Délégations > Délégation de découverte 2016 - 2017 > Sur un refus d’entrée en Palestine par Israël.

Sur un refus d’entrée en Palestine par Israël.

Publié le lundi 2 janvier 2017

Je me suis fait refuser d’entrer en Palestine par Israël le 26 décembre dernier. Ce n’était pas la première fois que j’y allais. L’information a tourné sur les réseaux sociaux et de nombreuses personnes l’ont commentée. Il m’a semblé utile de donner un point de vue politique sur la chose et de répondre ainsi à plusieurs éléments.

1- Israël est un état colonial.

Israël est un état colonial et reconnu comme tel à l’échelle internationale. Pour preuve, l’ONU vient récemment de voter une résolution réclamant l’arrêt de la colonisation dans les territoires palestiniens. La colonisation a pris et prend encore aujourd’hui différentes formes. Qu’elle soit israélienne ou qu’elle vienne d’autres puissances. Privation de certaines ressources comme l’eau, empêchement de développement d’une économie propre, contrôle des frontières du territoire colonisé, occupation militaire du territoire des colonisé-es, emprisonnement des acteur-ices de la résistance, délégitimation des droits des colonisé-es, réappropriation culturelle sont quelques exemples de pratiques coloniales qui ont existé ou qui existent.

Israël utilise aujourd’hui l’ensemble de ces pratiques avec la Palestine et son peuple. Il serait long de citer des exemples pour tous ces aspects de la colonisation mais ils sont factuels et facilement démontrables.

2- Briser les liens de solidarité.

Face à cela, une des revendications adressées à l’extérieur par les Palestinien-nes que l’on rencontre est de venir voir. D’être les yeux et le discours de leur réalité en rentrant en France ou ailleurs. Illes demandent à ce que nous venions, à ce que nous constations et que nous transmettions. Israël sait que cela a un impact, aussi infime soit-il face aux soutiens internationaux que l’état sioniste entretient.

Briser les liens de solidarité internationaux qui existent entre la Palestine et l’international a donc un enjeu de poids. Le renforcement des contrôles de sécurité à n’importe quelle frontière israélienne va dans ce sens. Ces contrôles ne sont pas (seulement) des mesures anti-terroristes. Ils sont avant tout un moyen d’empêcher les militant-es de se rendre en Palestine et justement de constater. Ils sont un des nombreux moyens qu’Israël met en place pour isoler les Palestinien-nes du reste du monde.

Entretenir des liens physiques sur le long terme avec la Palestine est donc, de fait, compliqué. Il faut, pour cela, s’organiser à plusieurs, ne pas être seul et ne pas laisser de trace de ses activités militantes sur internet mais comment être les yeux et le discours si l’on ne peut pas s’exprimer...

3- L’internationalisme comme boussole.

« Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Paolo Freire.

L’internationalisme comme boussole, c’est ce que j’écrivais à la fin de mon message sur les réseaux sociaux. C’est sûrement l’un des éléments les plus importants du message car il donne à lire de ce que je fais quand je vais en Palestine et comment j’y vais.

En effet, l’internationalisme est une position politique qui s’oppose à l’ensemble des politiques qui visent à créer de toute pièce des intérêts nationaux communs. Au contraire, l’internationalisme veut dire que nous avons bien plus en commun avec un-e sans-papier en France, un-e révolutionnaire tunisien-ne, un-e travailleur-euse grec-que qu’avec un patron du CAC 40 ou un membre du gouvernement français.

L’internationalisme sous-entend aussi que personne à part les palestinien-nes n’ira les libérer. Illes peuvent bien sûr, si illes le jugent utile, s’appuyer sur des luttes de décolonisation ou d’autres mouvement sociaux qui ont eu lieu en dehors de Palestine mais illes sont les seuls à être légitimes pour choisir et décider quelles luttes, avec ou sans armes, seront efficaces contre la colonisation et l’occupation. Bien entendu, cela ne nous empêche pas d’avoir un avis dessus. Cela nous empêche simplement de leur donner des leçons et de mener la lutte à leur place.

4- Et alors quoi faire ?

Faire confiance à quelques unes des personnes ou associations présentes sur le territoire. De construire des relations réciproques où la place de l’une ou l’autre des personnes ou association est questionnée et notamment en lien avec les rapports de force « nord-sud » qui existent à l’échelle mondiale.

Celles et ceux que je côtoie en Palestine ont quelques principes. Illes refusent les politiques de normalisation, c’est à dire, les politiques qui viseraient à normaliser les relations entre Israël, la Palestine et leurs populations. Refuser des campagnes de solidarité en Palestine avec des Israélien-nes quelque soit leur avis politique, refuser des échanges de jeunes avec des jeunes Palestinien-nes et Israélien-nes par exemple sont des conséquences de cette prise de position.

Enfin, celles et ceux que je côtoie là-bas appellent au BDS. Illes appellent au boycott des produits israéliens sans distinction sur leur provenance (issus des colonies ou pas). C’est pourquoi, j’ai fait le choix de boycotter l’ensemble de ces produits et de descendre dans la rue chaque fois que l’occasion se présente pour affirmer ma solidarité et faire ce que je peux contre l’isolement des Palestinien-nes et de celles et ceux que je considère comme mes camarades là-bas.

Camille

CEMEA Pays de la Loire - 15 bis allée du comandant Charcot - 44000 Nantes - 02 51 86 02 60 SPIP | réalisé et hébergé par les CEMÉA Pays de la Loire | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0