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L’Intifada autour d’un café

Publié le samedi 31 mai 2014

Vendredi 30 mai, Sama Nablus, « le ciel de Naplouse ». La nuit est douce, l’odeur de la chicha aussi. La conversation moins. Je suis attablée avec deux copains. Je les vois souvent depuis deux mois mais c’est la première fois qu’ils abordent le sujet de la paix et de l’Intifada. C’est aussi la première fois que je vois A. parler aussi sérieusement. Il me raconte quelques morceaux de vécu.

Vers 2004, je ne me souviens plus exactement de la date, un de nos amis a pris trois balles dans le corps et une fois à terre, les soldats lui ont tiré une balle dans la tête, fondant son crâne. Il lançait seulement des pierres. Arrivé à l’hôpital, les médecins le croyaient mort. Il a survécu, avec une grande cicatrice sur le front et le crâne légèrement déformé. Une fois sorti de l’hôpital, il a dû aller en prison. Aujourd’hui, seule sa cicatrice laisse penser à cette histoire, il n’a pas l’air en colère.
En 2009, A. me raconte qu’il était sur un toit avec un ami à lui. Ils ont 15 ans. Un sniper leur tire dessus. Son copain prend la balle en pleine tête. Son crâne se fend en deux. A. vomi. Il est sous le choc et reste paralysé. En bas du bâtiment, une personne chargée des premiers secours demande au sniper d’arrêter car ce sont seulement des enfants. Le sniper tire dans la jambe de cette personne.
En ce moment, les prisonniers palestiniens font une grève de la faim qui dure déjà depuis quelques semaines. Ils boivent seulement de l’eau salée. Le sel, pour ne pas sentir l’odeur intérieure de leur corps : une odeur d’animaux mort.

Des histoire comme celles-ci j’en ai beaucoup entendu. Chaque copain n’a pas assez de doigts sur la main pour compter le nombre d’amis qu’ils ont vu mourir. Pourtant, si je n’avais pas ce genre de conversation, la bonne humeur de mes amis me laisserait penser qu’ils ont eu la même enfance que moi. Il n’y a pas d’envie de vengeance même si quand A. me raconte ces histoires il s’agite beaucoup plus que d’habitude. La colère est plutôt envers les institutions internationales qui défendent les droits de l’Homme qui sont inefficaces pour eux. La bonne conscience des pays occidentaux.

AB.

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