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Rester ou partir : ce n’est pas moi qui vais choisir !

Publié le lundi 4 août 2014

En partant en SVE en Palestine pour 9 mois les contraintes étaient claires, au bout de 3 mois nous devrons sortir du territoire pour tenter d’obtenir un nouveau visa de 3 mois. Arrivée dans le 3ème mois, cette contrainte qui me paraissait abstraite devient belle et bien réelle avec son lot d’angoisses et de questions. Comment vais-je réussir à mentir à des soldats israéliens sur ce que j’ai fais pendant 3 mois ? Qui plus est, ces mêmes soldats représentant désormais à mes yeux des acteurs de l’injustice que les palestiniens vivent au quotidien.

Je repense au collègue de mon père qui lui disait que la Palestine n’existait pas. En inventant un alibi pour pouvoir rester encore 3 mois, en effet, je dois faire comme si la Palestine n’existait pas. Ne surtout pas dire ce que je suis venue y faire, ne pas parler un mot d’arabe, ne pas avoir de keffiyeh dans ma sac à dos. Faire abstraction de ce que j’ai vécu, comme si ça n’avait jamais eu lieu. Comme si j’étais hors la loi en étant volontaire en Palestine. Le fait de devoir se plier aux règles absurdes qu’impose l’occupation israélienne me révolte mais si je veux rester dans ce pays qu’est la Palestine je dois m’y soumettre.

Le fait de ne pas savoir si mon volontariat va s’arrêter dans un mois ou pas me met dans un état particulier. Il est difficile de se projeter dans ces conditions et l’incertitude ambiante n’est pas toujours facile à gérer. Si je devais partir à la fin du mois j’aurai l’impression de ne pas aller jusqu’au bout de ce projet, de cette expérience, de ce que j’étais venue faire car j’ai encore besoin de temps pour parler arabe, pour trouver ma place dans l’association, pour mener des projets adaptés à la situation, pour poser toutes les questions que j’ai en tête sur l’intifada ou la vie ici aux copains palestiniens, pour apprendre la danse traditionnelle la Dabké que je trouve si belle mais dont je connais seulement le pas de base, pour découvrir ces endroits que je ne connais pas encore, pour me faire des copains et des copines à qui je peux tout raconter, pour continuer à réfléchir à qui je suis et qui j’ai envie de devenir.

Alors pour toutes ces raisons je n’ai pas envie de rentrer dans un mois même si je sais que les prochains ne vont pas toujours être faciles car mes proches me manquent, les douceurs de la vie occidentale me manquent, la situation ici est pesante et puis parce que la culture tellement différente de la mienne m’impose de nouveaux codes sociaux auxquels j’ai parfois du mal à me contraindre.

Avec les affrontements en Cisjordanie et la guerre à Gaza, plus personne ne met les pieds ici depuis des semaines mais moi je suis déjà là donc je dois y rester !

E.

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