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3 mois et puis s’en va pas !

Publié le jeudi 4 septembre 2014

Ca y est, mon visa est renouvelé pour 3 mois supplémentaires. Ce n’était pas une mince affaire mais l’opération est réussie. Passé le stress de se dire que peut-être j’ai vécu mes derniers moments à Dheisheh.

Pour ça, il a fallu que je sorte du territoire palestinien, que j’aille en Jordanie, en mode touriste. Une visite pleine de contradictions. Entre l’envie de ne pas y être parce que ce séjour symbolise l’obligation de partir de chez soi à cause du simple fait qu’en aucun cas, Israël délivrerait un visa de plus de 3 mois pour quelqu’un se rendant dans ce qu’ils appellent les « territoires palestiniens » et entre le plaisir d’être plongé au cœur du monde arabe, comme lâché seul dans un endroit où t’imaginerais bien te construire un second chez toi !

Tout ça a commencé à Amman, la capitale de la Jordanie. Elle aussi pleine de contradictions. Imprégnée des marques d’un capitalisme rampant qui occupe de plus en plus d’espace jusqu’à donner l’impression de l’envahir. Tout en gardant le charme du monde arabe, en commençant par la langue, les tenues traditionnelles mais aussi l’impossibilité pour moi de comprendre le fonctionnement des transports collectifs. Au début, j’y suis avec Ma’an, qui prend le lendemain son avion pour les Etats-Unis.

Ensemble on décide de se promener et bien sûr, on s’y perd. Au point de se retrouver au milieu du stade principal pendant une cérémonie qui ressemble à une remise de diplômes à l’américaine. On s’étonne tous les deux, début septembre, ça nous parait bizarre, à lui comme à moi !

Après un football improvisé avec des jeunes dans un parc près de la maison dans laquelle on s’est installé, c’est l’heure de se séparer. Lui part aux Etats-Unis, moi à Petra...

Quitte à être forcé d’être ici, autant en profiter pour une visite. Et rien de tel que Petra pour oublier Israël et sa politique, pour oublier d’ailleurs que la veille, la « guerre » s’est terminée pour laisser place à une occupation plus discrète médiatiquement mais tout aussi violente et meurtrière. Oublier c’est facile devant cette ville abandonnée, creusée dans la roche rouge dont les couleurs éblouissent au coucher du soleil. Là aussi on s’y perd, mais on le fait volontiers. Stupide impression d’être tout petit face aux peuples de passé...

Du coup, après 2 jours ici et beaucoup trop d’argent dépensé mais avec l’envie de rentrer encore plus forte qu’au moment de partir, je prends un taxi direction le sud, Aqaba et la frontière (encore 35 dinars qui s’envolent...).

La frontière. Enfin. Dans 10 minutes, je suis dans les territoires de 48 et bientôt je suis chez moi ! Mais ça ce serait dans le monde parfait, sans compter sur la faculté d’Israël de te faire perdre ton temps. 2h30 à cette putain de frontière ! 2h30 pendant lesquelles je récite le guide du routard que j’ai appris la veille avant de me coucher. J’essaye de plaisanter, ça ne marche pas. Je râle, ça ne marche pas non plus. Alors j’attends, je réponds, je laisse les soldats en short me priver de mon intimité en scrutant mon passé, fouillant mes sacs et me demandant de me déshabiller « pour la sécurité d’Israël » comme ils disent !

Ces affreuses 2h30 qui paraissent une éternité, pendant lesquelles tu retiens tout ce que t’as envie de cracher. T’étais où pendant la guerre ? A Dheisheh et je fêtais les rumeurs de capture de soldat avec mes copains parce que tout ce qui pourra faire plier la colonisation, l’occupation, la politique sioniste est bon à prendre vu d’ici. Et d’ailleurs, je me suis jamais ému quand il y a eu les infos sur les trois adolescents enlevés. Parce que eux aussi, en se trouvant ici participent à la privatisation de terres et à rendre la vie des Palestiniens inqualifiable. Mais ce n’est pas ce qu’ils voulaient entendre alors ce n’est pas ce que j’ai dit. Plus gros à perdre qu’à gagner !

Finalement, après tant de temps, ils doivent évaluer que je ne mettrais pas en difficulté la sécurité d’Israël. Merci pour le visa. Oui je vais « enjoy my trip ».

Mais la déconfiture n’est pas terminée. C’est la première fois que je me retrouve dans les territoires de 48 et tellement absorbé par ce passage à la frontière, je n’y avais pas réfléchi une seule seconde. Territoires de 48 que je préfère ici appeler Israël tellement ça ne ressemble en rien à ce que j’ai pu voir depuis 3 mois. Eilat : une station balnéaire sans âme comme on peut en voir dans le sud de la France. Et Tel-Aviv, n’en parlons pas. Ses buildings qui creusent déjà le ciel alors qu’il reste plusieurs kilomètres à parcourir pour atteindre la ville. Fast-food partout, débardeurs et mini-shorts, langue aux tonalités trop brutes et trop sèches, décidemment rien ne me plait ici. C’est surement parce que quand j’y suis, je pense aux copains qui n’ont pas le droit d’y venir.

Pas à l’aise, c’est décidé, je ne m’arrêterais pas. Je passerais tout mon temps dans les transports. Plus vite je serais à Dheisheh, mieux ce sera. Et il est quelque chose comme 21h quand j’arrive. Pendant le concert du type dont personne ne connait le nom mais qui chante les chansons contre Israël qui ont tourné en boucle pendant l’offensive militaire sur Gaza.

Enfin je retrouve chez moi. L’occupation de la rue jusqu’à pas d’heure. Les odeurs de viande avariées qui remontent le soir par les fenêtres de l’association. Le bruit sous les fenêtres de ma chambre dès 8h le matin. Les copains sont là et c’est bon de se retrouver chez soi pour encore 3 mois.

C.

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