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Etre une femme en Palestine - Comment faire ?

Publié le samedi 6 septembre 2014

Y’a des questions qui reviennent sans cesse, qu’on tente de solutionner, parce qu’on veut comprendre ce que l’on ne maîtrise pas ! Alors on finit par en discuter ensemble, par échanger nos vécus, d’hommes ou de femmes, d’ici ou d’ailleurs.

Depuis des semaines, je cherche une clé. Celle qui m’ouvrirait la porte à plus de clarté, de justesse et de sérénité. Oui mais voilà, cette clé est précieuse, je dirais même fondamentale, dessus il est écrit : « Comment faire coïncider mes idées et mon statut de femme ici ». Parfois j’ai la sensation de toucher du doigt cette clé de compréhension. D’autres fois je m’embrouille, je perds la piste. Et des questions qui résonnent sans cesse…

Ça veut dire quoi la liberté ici ?
C’est quoi la marge de manœuvre quand on est une femme ?
Comment je fais pour composer dans mes relations avec les hommes ?
Et eux/elles, comment illes font pour vivre sous ces normes sociales ?

Si je reviens à ce qui m’a poussée à sortir de mon univers pour venir en Palestine, c’était bien la volonté de rencontrer des gens aux schémas de pensée différents des miens. Tenter de m’éloigner au plus de mes pré-conçus pour comprendre comment ça peut marcher autrement. Et ne pas poser comme référence, comme « vraie » ou comme « meilleure » ma manière de penser.

J’y arrive, pour certains sujets. Mais pour celui-ci, y’a un hic. Trop de choses que je ne peux accepter.

Je n’accepte pas que cette jeune avec qui j’ai sympathisé se fasse frapper par son frère cadet dans la rue parce qu’elle veut me suivre au centre où, biensûr, il y a des garçons. Je n’accepte pas que mon amie A. baisse le regard quand son neveu de 10 ans de moins se permet de l’humilier gentiment. Je n’accepte pas que les filles aient intégré dès leur plus jeune âge qu’elles doivent s’écraser devant les garçons, que la discrétion et la timidité sont des qualités féminines dont elles peuvent être fières. Je n’accepte pas que certaines de mes hôtes ne voient que rarement au-delà de leur paillasson, aucune raison valable socialement ne leur permettant de sortir quotidiennement. Je n’accepte pas d’être transparente aux yeux d’un taxi driver, d’un vendeur, d’un enfant, quand je m’adresse à eux et qu’ils préfèrent répondre à mon voisin de sexe masculin.

Accepter, cela me semble impossible, et pas la meilleure chose à faire de ma place.
Comprendre alors ? Oui, je peux tenter de comprendre...

Il y a la religion, qui prend une place considérable, certes. Elle pose certainement des bases qui régulent les relations hommes-femmes. L’idée de patriarcat aussi, comme pour les autres religions monothéistes. Mais ce n’est pas de ça dont il est question ici : les scènes auxquelles j’ai assisté et qui me troublent profondément n’ont rien à voir avec une quelconque loi dictée par l’Islam. Et puis j’ai le sentiment qu’on peut s’arranger avec les normes de sa religion, tant qu’on est honnête avec ses croyances.

Non, il s’agit bien de codes sociétaux.
Je crois comprendre ce sur quoi ils reposent : sur du respect. Respect envers la femme d’abord, celle qui représente la fragilité en même temps que la puissance, celle qu’il faut donc préserver en même temps que de s’en protéger. Respect envers l’homme aussi, qui symbolise la force et la constance, celui qui doit porter la vie de famille, l’activité économique, la lutte politique, et dont il faut soutenir le rôle plutôt que de l’en détourner. Respect envers le groupe, constitué sur ces fondements : une place définie pour la femme et une autre pour l’homme.

En écrivant ces mots, j’entends vaguement le son du métal percutant la serrure, celle de cette fameuse clé portée disparue. Je n’ai pas encore solutionner ces questions, mais je sais pourquoi elles me taraudent autant. Si ces situations me sont insupportables, c’est peut-être qu’elles ne me sont pas si étrangères.
Moi qui croyais confronter mes idéaux anti-sexisme aux normes auxquelles je dois m’adapter ici, je prends conscience que ce « ici » est aussi ailleurs, est aussi chez moi, dans mon pays, dans ma ville, dans ma famille, dans toutes les relations, et en moi.

Vivre en tant que femme ici, c’est faire un zoom qui dérange sur une photo en apparence nette. C’est percevoir les défauts de sa propre réalité dans le miroir d’une autre.

A.

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