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Les oublié-e-s d’ici...

Publié le samedi 21 février 2015

Il y a de ces Palestinien-ne-s dont on parle, jamais trop bien entendu... Mais on en parle. On fait circuler leurs histoires pour qu’elles tombent dans l’oreille d’un-e ami-e, d’un-e camarade ou-même d’un-e inconnu-e si il ou elle a pris le temps de l’écouter.

Il en existe d’autres dont on ne parle pas. Ce sont les oublié-e-s d’ici. On n’en parle si peu que eux et elles-mêmes avaient pris comme habitude jusqu’à peu de ne pas se considérer comme tels, comme Palestinien-ne-s, comme appartenant à ce peuple opprimé, ce peuple d’opprimé-e-s. À ce point qu’ils et elles laissaient les livres s’écrire, les histoires se raconter et les photos se prendre sans une ligne, une parole ou même une image sur leur histoire.

Bien sûr ils et elles souffraient et ils souffrent encore, comme toutes et tous, de l’occupant. Celui qui a ses dents si solidement fixées qu’il peut grignoter une parcelle de terre supplémentaire, sans sourciller, comme on découpe une part de knafé dans son assiette. Comment parler d’eux sans revenir sur ces quelques évènements de leur histoire... Quand l’occupant a signé la paix avec le voisin égyptien, lui laissant le contrôle du Sinaï, c’est sur ces oublié-e-s que les malheurs sont tombés et se sont étendus sur des dizaines et des dizaines d’hectares sous forme de base militaire.

Mais ce n’était pas la première fois, c’est arrivé auparavant quand Ben Gourion a déclaré qu’il « fallait faire fleurir le Néguev ». Ce sont bien des fleurs de pierre qui sont venues se dresser à tout jamais sur les terres des oublié-e-s qui regardaient d’un mauvais œil ces champs modernes s’ériger. Mais même avant ça, lorsque les premier-e-s migrant-e-s d’un peuple prétendu sans terre sont venus s’installer sur une terre prétendue sans peuple, liant déjà bien trop étroitement les oublié-e-s avec l’indifférence du monde, c’est sur leurs propriétés les plus fertiles que ce qu’on présentait comme des îlots de socialisme, les fameux kibboutz, se sont construits. Socialisme ou pas, qu’importe à vrai dire... Mais de cette manière, en dépossédant un peuple de leurs ressources, de leurs terres, de leurs vies, ça ne pouvait pas être progressiste !

Elles et eux, ces oublié-es, ce sont les bédouin-e-s du Néguev. Ou plutôt les bédouin-e-s palestinien-ne-s du Néguev.

Ce sont elles et eux qui demandent désormais à ce qu’on les appelle comme ça ou plutôt à ce qu’on les considère comme tels. Parce que lorsque je les ai rencontré-e-s, ils et elles m’ont fait comprendre que désormais, ça suffit ! Ca suffit d’être considéré-e-s comme nomades alors qu’ils et elles ne le sont plus depuis la fin du XVIIIème siècle. Ca suffit aussi d’être humilié-e-s, de voir leurs maisons détruites les unes après les autres pour finalement que la communauté les reconstruisent d’une seule main, un peu moins bien, un peu moins solides, un peu moins dures chaque fois... En prévention de l’évidence qui s’annonce ! Une nouvelle destruction.

Enfin, ça suffit d’être ces oublié-e-s dont personne ne parle alors ils et elles essayent d’être reconnu-e-s, de reconstruire une mémoire collective à partir des mémoires de chacun et de ce qu’il leur reste de preuves de leur vécu. Ainsi, petit à petit, ils et elles réussissent à ce que des lignes soient écrites, des paroles prononcées et des photographies déterrées. Des historien-ne-s en herbe... En herbe mais sans Terre.

Leur histoire commence bien avant 1948 mais elle était orale comme leurs titres de propriété. L’empire ottoman mais aussi les Anglais sous leur mandature se sont pliés à cette règle. Ce n’est que peu avant la Nakba que leurs problèmes ont commencé, l’immigration massive a commencé à spoiler des terres et aujourd’hui, alors que cette population de 220 000 habitants représente 30% du Néguev, ils n’en possèdent que 3% du territoire. Ridicules morceaux de terrain pour des gens qui peinent à les travailler. Bien sûr personne ne fait rien pour leur permettre l’accès à leurs besoins fondamentaux, ne serait-ce qu’un peu d’eau courante et d’électricité... Surtout pas l’ennemi !

Alors, la communauté n’a pas le choix. Elle s’organise par elle-même. Une sorte d’organisation collective, produit de leur culture qui devient une arme contre celles des soldats en face. Acheter des panneaux solaires, Ériger ses propres systèmes hydrauliques, cultiver la terre ou élever les animaux, voire même payer les études de l’un ou l’une d’entre eux. Par et pour la communauté. Système D qui malheureusement n’est pas un rempart suffisant à la non-reconnaissance de leurs villages, à la destruction de leurs maisons par une force armée créée exprès pour eux. Ou plutôt devrais-je dire contre eux.

Je ne sais pas si j’ai eu envie ou besoin de partager leur histoire. Qu’importe, sûrement les deux à la fois. Puis, j’ai essayé de rajouter ma pierre à l’édifice. J’espère qu’elle ne roulera pas pour qu’elle puisse amasser de la mousse. Si seulement cette mousse pouvait être un peu d’intérêt pour elles et eux, un partage de leur histoire. Aujourd’hui ils et elles se battent contre l’occupation et tous les problèmes qu’elle engendre sans aucune force autre que l’impuissance face aux armes des soldats. Certain-e-s meurent de ce combat bien sûr, comme partout en Palestine mais dans un silence encore plus assourdissant qu’ailleurs. Ils et elles ont décidé de se lier à toutes celles et tous ceux qui font face à l’ordre établi ici et aux hommes et femmes qui le soutiennent. Ils et elles ont besoin qu’on le sache, qu’on l’écrive, qu’on le raconte ou qu’on le mette en image. Ils et elles prétendent, sûrement à juste titre, que ça aide leurs luttes. De mon côté, j’ai la prétention que ce texte participe de tout cela.

Camille Acac

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