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Vendredi - mémoire coloniale 

Publié le mardi 3 mai 2016

« Du vert foncé d’une sorte de sapin, des arbres, de l’herbe. Du vert clair des étendus d’oliviers touffus et beaucoup plus grands que chez nous, d’énormes cactus bordant toute la route. Du rouge des coquelicots, de la tôle de quelques baraquements dans les champs, du drapeau tunisien sur le fronton de quelques maisons. Du orange de la roche, des briques des maisons en construction, et de tous les orangers. Du jaune du sable et des champs de blés. »

Réveil matinal, à 5h on toque à ma porte pour me réveiller. Petit déjeuner de roi, des œufs, de la charcuterie, concombres, tomates, olives, croissants, pains au chocolat, jus de citron ou d’orange pressé, fromage fais, confitures d’abricot, je suis sûre que j’en oublie ! Le tout arrosé d’un café bien fort qui laisse du dépôt sur les lèvres. J’ai du mal là-encore à me régaler, pourquoi en faire autant ? Je fais la remarque à la table du petit déjeuner, mais on ne me comprend pas, « c’est trop bien ! Profite ! » Peut-être que je n’aurai pas cet arrière goût dans la bouche si je n’étais pas en service civique au Ceméa, si je n’avais pas réfléchi à ces questions déjà, si je n’avais pas causé et déconstruit le tourisme en stage Bafa 3 à Barcelone, peut-être je serais plus à l’aise si je n’avais pas été en Palestine, dormi en guest house, adoré découvrir le pays grâce aux différents échanges avec les copains palestiniens.. Ici nous resterons en surface, surface accessible seulement aux privilégiés, à la mémoire de notre passé colonial. Et je me demande qu’est-ce qui m’amène ici ?

6h du matin, nous sommes tous devant la porte de l’hôtel, un appel comme à l’école, deux bus nous séparent, une boîte goûter distribuée, bouteille d’eau, banane et petits gâteaux, après ce petit-dej, faudrait pas qu’on meurt de faim ! Et nous prenons la route pour Gafsa.

5h de visite improvisée : Tunis d’abord, des bâtiments blancs, très blancs, des maisons toutes carrées, les palmiers, des collines racoilleuses, et mes pensées qui s’égarent en Palestine... Je ne peux m’empêcher de comparer. Sur le flanc des collines des villages me font penser aux colonies. Des murs entourent des quartiers entiers ! un mur longe parfois la route. Des mosquées se fondent dans le paysages, à hauteur des maisons. 

Nous quittons la villes pour une longue route droite bordées d’oliviers, des étendues plates de champs et les collines pour garnir l’horizon. Une palette de couleur s’illustre sous notre nez : Du vert foncé d’une sorte de sapin, des arbres, de l’herbe. Du vert clair des étendus d’oliviers touffus et beaucoup plus grands que chez nous, d’énormes cactus bordant toute la route. Du rouge des coquelicots, de la tôle de quelques baraquements dans les champs, du drapeau tunisien sur le fronton de quelques maisons. Du orange de la roche, des briques des maisons en construction, et de tous les orangers. Du jaune du sable et des champs de blés. Du blanc ou de l’ocre de la peinture des maisons, des moutons qui longent les routes, de la poussière de sable, des chameaux vivants, d’une tête de chameaux suspendue à la vente, des peaux de mouton. Du marrons clair de la terre, de celui plus foncé des ânes qui tirent leurs carrioles. Du noir de l’écriture arabe sur les panneaux de signalisation. Du violet et du rose de fleurs éparses. Du multicolore des tissus étendus aux fenêtres, des foulards des femmes croisées dans les villages, des étales de fruits, de quelques sacs en plastiques égarés, des paillettes des poteries, des magasins de tapis, des habits des femmes qui travaillent et dépècent des bambous assis à même le sol. Un dégradé de couleurs chaudes. 

Plus nous avançons, plus les degrés montent, plus le soleil se lève, plus la terre s’assèche. Plus nous avançons, plus les collines sont rocailleuses et nombreuses. Les oliviers sont moins nombreux, disparaissent peu à peu. C’est bientôt le désert. Des collines de sables ont pris le dessus. Du sable à perte de vue... C’est gigantesque !

L’arrivée à Gafsa : les maisons ressemblent beaucoup à celles palestiniennes, des cubes aux toits ouverts, permettant d’agrandir. Nous sommes au creux de collines de sables. Toutes les maisons sembles être restées à l’état de construction, pierres, briques et béton apparents. Et puis tout d’un coup un quartier tout blanc, « terminé », plus moderne, le centre ville se dessine. Quelques mètres, une rue de sable à l’écart et nous arrivons au Palace. Oui c’est un palais. Je ne vois pas tout de suite où je vais, mon œil attiré par quatre soldats armés... Au creux de la colline de sable, dans notre palais monumental, la beauté du lieu me perturbe, je pense aux maisons en construction à l’entrée de Gafsa. Je m’inscris et m’installe dans une chambre de princesse avec une algérienne et deux tunisiennes, elles ont des étoiles dans les yeux... On croise A, en Sve ici en Tunisie, ça fait du bien un visage connu dans ce trop d’inconnu ! Je m’installe pour écrire dans une balancelle profitant du soleil avant le repas qui s’annonce comme festin, il devra être à hauteur du lieu !

J’ai retrouvé M pour aller manger, service à l’assiette dans un restaurant magnifique, j’ai du mal à savoir quoi regarder : le lieu, mon assiette, les personnes attablées. Au début, ça ne parle qu’en arabe, puis on nous demande d’où on vient, ce qu’on fait et c’est au français de s’installer. On présente les Ceméa, et le partenariat avec Mashed. Je suis frustrée de ne pas parler arabe dans cette situation, un choukrane que je dis au serveur les fait sourire et je rougie... Décidément je ne suis pas à mon aise ! Des photographes n’arrêtent pas de nous mitrailler, j’essaye de manger proprement ! Un tunisien assit à côté de moi s’amuse à leur faire des grimaces. 

Puis c’est l’agora, nous sommes tous installées dans une salle à l’abri du soleil, il fait 38 degré dehors... Mais comme nous sommes entre deux vallées, un vent frais nous permet de ne pas ressentir la chaleur, et les nuages nous protègent des coups de soleil. Voici différents projets qui sont sortis du Forum jeunesse 2015. J’ai des écouteurs dans les oreilles pour une traduction en français.

• Un projet de maison de jeunes : une série de formations en volontariat, puis des événements organisés par ces jeunes autour du sport et de la culture comme l’embellissement de l’espace avec des graphes, des cafés culturels, des soirées débats. Avec une volonté d’atteindre les jeunes en région, ceux qui sont en ville sont déjà activistes, ceux en région sont moins atteignables, cela du aux difficultés de transport, certains jeunes ne peuvent se déplacer en maison de jeunes. Résultats : des personnes qui n’avaient jamais voulu développer quoi que ce soit assistent à des formations, prennent plaisir à ces formations, ce projet semble une grande réussite.
• Les éclaireurs de charme : projet de visites par des jeunes de différents sites. Plusieurs voyages et randonnées sont organisées à Kérouan. C’est en gros si j’ai bien compris du tourisme alternatif.
• Un projet autour des personnes en situation de handicap, pour réfléchir l’accompagnement et l’intégration. Défendre les droits des personnes en situation d’handicap auprès des gouvernorats et du gouvernement.
• Emploi moi tu gagneras : une asso qui aide les jeunes à trouver des emplois. Des personnes diplômées ne savent pas où se tourner après leurs études, du coup cette asso les accompagne dans cette recherche. Cible : les personnes qui ont des diplômes et les non diplômés, ils vont dans des cafés stimuler leurs intérêts grâce à des cafés culturels, des meeting etc... Objectif : Aider les jeunes et les rapprocher d’organismes permettant leur employabilité. 
• Projet « municipal efficace », réflexion d’un groupe autour des politiques publiques et de l’exclusion des jeunes. Ils travaillent sur l’inclusion institutionnelle, la formation des jeunes sur leurs capacités institutionnelles autour des politiques publiques de développement afin de garantir la justice sociale. Un Théâtre forum est organisé dans ce sens. 

Cette présentation permet aux différents porteurs de projets de rechercher de nouveaux financements. Et de discuter de différentes problématiques comme la démographie, l’accès à la culture des jeunes, mais aussi de revendiquer le bienfait de ces différents projets auprès de politiques tunisiens présents ici aujourd’hui. Un temps d’échanges suit : les personnes qui posent des questions se présentent comme activistes de différents protectorats. (Ca me fait penser aux départements en France)

Voici quelques extraits pris sur le vif : « Le gouvernement doit collaborer avec la société civile pour unifier le tissu social, les municipalité... ». « Volonté de créer une force civile, associative. Inclure les exclus dans la vie sociale. » « Tous les projets ont un impact durable et peuvent être dupliqués dans d’autres protectorats » « comment créer et susciter de l’intérêt chez les jeunes ? » « des difficultés énormes à faire interagir les pouvoirs publics, comment on peut aussi susciter leur intérêt » « les jeunes ont des rêves étouffés, mais il faut aussi qu’ils prennent leurs responsabilités » « je déplore que les ministres ne soient pas là pour entendre tout ça. »

Un gros débat sur le handicap suivra : l’Inspecteur du travail : « merci pour vos projets, ne perdez pas espoir, continuer cette émulsion que je souhaite vraiment féliciter » Une femme en situation de handicap répond à l’inspecteur : « Pour les personnes handicapées : nous avons des difficultés énormes, je voudrais avoir les mêmes chances que les autres, je voudrais être jugée sur mes compétences mais une case cochée dans ma recherche d’emploi ne me permet pas de trouver du travail... On me juge, on me discrimine » l’inspecteur du travail lui répond : « la case existe depuis très longtemps, on a des conventions internationales, il faudrait prendre en considération que cet icône a un sens positif et non négatif. Il vous permet d’être formé, de vous prendre en compte, de ne pas vous exclure. Un texte de loi a été approuvé au gouvernement malheureusement personne ne l’a mis en vigueur pour l’instant mais c’est bien au travail... » Des textes semblent écrits mais ne sont pas en vigueur, il semble manquer de collaboration entre différents acteurs de la société tunisienne... 

Pour finir la présentation, une activiste nous propose un slam : « Nos idées se fréquentent pour un changement du monde », « cet atelier pour faire fructifier nos idées, malgré nos jeunes âges, nous sommes tous engagé », « agir pour les générations d’avenir. » « Pour un monde possible et sans guerre, j’espère que le message a été clair ». 

Nous rejoignons ensuite un centre de formation juste devant l’hôtel, l’occasion de croiser de nouveau ceux qui nous tiennent en sécurité, à mon malaise de revenir... 

(Atelier média)

A la sortie de l’atelier, des affrontements juste devant l’école, quelqu’un se fait battre juste sous nos yeux, sa tête est en sang... La police arrive tout de suite, nous n’avons pas eu le temps de réagir, j’ai encore l’esprit dans mon atelier, et j’ai du mal à comprendre ce qui vient de se passer sous mes yeux. Je suis entraînée pour rentrer rapidement au Palace. On nous fouille à l’entrée, ambiance tendue juste avant l’inauguration.

(L’inauguration)

Suit un temps Buffet, tout le monde se jette sur la nourriture, il n’y aura que cet apéro dînatoire pour ce soir. J’attends la fin, picore quelques reste et parle avec A de son Sve ici. Puis je rencontre trois tunisiens de Tunis, on discute dialecte, travail et ateliers. Je suis épuisée, je ne profiterais pas de la soirée, je file rapidement me coucher, après cette journée intense en émotions ! Bienvenue à Gafsa ! Plutôt bienvenu dans ce Palace qui nous enferme pendant trois jours, on nous a bien spécifié qu’il était formellement interdit de sortir dans la ville. Je me sens captive de cet espace où les soldats m’insécurisent... Les Ceméa sont présents sur ce salon avec leurs partenaires : Mashhed, demain j’irai rencontrer l’association pour trouver plus de sens à ma présence ici !

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