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Phosphate partout ... justice nulle part.

Publié le vendredi 4 juillet 2014

Ici, c’est difficile de ne pas parler du phosphate ... On a déjà parlé d’ailleurs ...

Il y a les camions qui passent et repassent matin et soir dans la rue principale de Gafsa. Il y a l’immeuble de la société des phosphates, le bâtiment le plus haut de Gafsa, qui trône en plein milieu de la ville. Il y a l’eau du robinet qui n’est plus potable à force de pollution. Il y a l’odeur, l’odeur très particulière qu’on peut sentir à Redeyef, à Mdhilla, à Metlaoui, bref dans tout le bassin minier ; elle est difficile à décrire cette odeur et les habitant-e-s d’ici ne la sentent même plus, mais on la redécouvre à chaque fois qu’on revient ici. Il y a les trains qui n’arrivent pas à l’heure parce que la priorité est de transporter le phosphate. Il y a les maladies des gens, les cancers, les problèmes d’articulations, les dents fragiles, ... Il y a l’énorme montagne de phosphate en attente de traitement dans le port de Sfax, gigantesque tas de poussière grise, la première chose qu’on voit quand on s’approche depuis la mer, avant les grues, avant les plages, avant les immeubles, avant la ville elle-même.

Il y a tout ça et bien d’autres choses encore. Un jour, en visitant Redeyef, une amie du coin me résume tout ça : « maintenant, c’est la colonisation du phosphate ».

Certaines personnes, particulièrement celles qui ne sont pas d’ici, disent que les gafsien-ne-s exagèrent, que le phosphate n’est pas responsable de tout, qu’on ne peut pas tout lui mettre sur le dos. D’une certaine manière, c’est vrai. Sauf que le phosphate et sa « colonisation » parlent aussi de tout le reste, de la prise de pouvoir des élites de la côte après l’Indépendance, de l’économie développée pour répondre aux désirs des entreprises françaises plutôt que pour satisfaire les besoins des habitant-e-s d’ici, des checkpoints et des barbelés mis en place pour empêcher les gens d’ici d’aller chercher un avenir meilleur, de la police prête à tout pour empêcher la jeunesse en colère de déborder, ...

Toutes ces choses sont abstraites, théoriques, difficiles à raconter sans des chiffres, des dates et des spécialistes assermenté-e-s. Le phosphate on peut le raconter, montrer les tas de poussière, faire visiter les mines, et toute personne qui vient ici peut le sentir. Alors ce contre quoi on se bat, c’est le phosphate.

Le phosphate n’est pas le même partout, il a d’autres noms ailleurs, il peut s’appeler « occupation », par exemple. Pour toi, le phosphate, c’est quoi ?

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